Cassie Raptor : « Je vois clairement des choses en écoutant du son »
Crédit photo : Jean Ranobrac

Cassie Raptor : « Je vois clairement des choses en écoutant du son »

Cassie Raptor en Interview pour la Stud

C’est au Dour Festival en 2018 que nous avons croisé la route de Cassie Raptor, artiste passionnée en tant que VJ professionnelle, et adepte des soirées Techno Queer.

Le VJing, qui consiste à diffuser des visuels en arrière-plan des DJ’s pour constituer la scénographie de la majorité des concerts de musique Techno, est un art trop peu connu.

C’était là l’occasion de parler de son métier, et de sa double performance sur ledit Festival, notamment auprès de Daniel Avery.

Le VJing, un art méconnu du grand public, mais présent partout

La Stud : Salut Cassie comment ça va ?

Cassie : Salut ! Ben écoute tout va bien, enfin en détente depuis ma date d’hier, du coup je suis là sur le Festival pour kiffer !

La Stud : C’est une vraie nouveauté pour nous de faire cet interview, dans le sens où nous n’avions jamais eu l’occasion de discuter avec une VJ . Est-ce que tu pourrais nous parler de ton métier ?

Cassie : Alors, pour simplifier, être un VJ, c’est comme être un Dj, sauf que je mixe pas des sons, je mixe des visuels. Une performance VJ, c’est du mix visuel !
Mais pour aller plus loin, il y a plusieurs pratiques chez les VJ.
Par exemple, je sais que personnellement je créée en amont pas mal de visuels, je bosse beaucoup sur After Effects. Je me sers d’illustrations que je fais à la main et que je retravaille en post-prod’ ou en animation. 

Donc je crée une belle banque de visuels. Pour un Live de 1h30, j’ai environ 100 ou 120 Loops avec lesquelles je joue en live, pour que ce soit vivant, que ça évolue. 
J’aime bien que ce soit réactif au son, donc forcément c’est important pour moi d’avoir une bonne palette.

La Stud : On peut donc trouver plus de visuels dans ta besace que de tracks dans la Clé USB du Dj ?

Cassie : Non, parce qu’il faut aussi beaucoup de tracks pour des DJ Sets aussi, mais en revanche c’est beaucoup de travail en préparation pour avoir tous ces visuels à disposition. Après j’ai un logiciel de VJing (Modulate). Mais on rentrera dans le technique après !

Crédit photo : Jean Ranobrac

« Un VJ, c’est comme un DJ, sauf que je mixe pas des sons, je mixe des visuels »​

Un parcours d'artiste

La Stud : C’est un vrai travail d’artiste. Tu peux nous parler de ton parcours artistique, des causes qui t’ont amenée à ce métier dont on ne croise pas souvent les représentants ?

Cassie : J’ai commencé dès la seconde à être dans une filière « Arts Appliqués », donc j’étais déjà dedans quand j’habitais à Nice.
Oui je suis du Sud ! J’ai fait mes études là-bas ensuite je suis montée à Paris faire l’école Estienne, qui est une bonne école avec une bonne formation.
J’ai travaillé pendant 3 ans sans ordinateur, donc j’y ai appris beaucoup de techniques, ce qui explique que j’aime beaucoup revenir à des illustrations faites à la main. Je trouve ça intéressant de mixer les deux aujourd’hui, en les retravaillant sur logiciel.

Cela donne un plus grand panel encore, et une plus grande liberté dans les visuels. Surtout, ça me permet de forger une identité propre !

J’ai donc découvert en BTS l’animation vidéo, et je me suis dit « Y’a vraiment un truc génial à faire avec ça, ça peut aller trop loin ! ». Je suis allée jusqu’en Bac+5 en Créations Numériques, et j’ai beaucoup appris pendant ces années.

 

 

« Personne ne va venir te dire comment faire ton job. Pour ça j’ai une liberté totale dans ce que je propose, et ça c’est incroyable. »

La Stud : Après tes études, tu as directement commencé à faire de la scène ?

Cassie : J’ai d’abord eu des boulots très « corporate », et c’est vrai que je me suis pas sentie très libre, c’était dur d’exprimer des choses personnelles.
Donc ça n’a pas duré longtemps.

Je suis vite partie, mais j’avais déjà commencé en parallèle à rejoindre un Crew, les Barbieturix, ce qui m’a lancée sur le VJing. Je me suis vite retrouvée aux commandes de la Machine du Moulin Rouge, donc c’était un peu une entrée directe dans le grand bain ! 
Finalement, j’ai vite appris sur le tas, en fait les gens ne connaissent tellement pas cette pratique, contrairement aux Dj’s. 

Personne ne va venir te dire comment faire ton job. Pour ça j’ai une liberté totale dans ce que je propose, et ça c’est incroyable.

La Stud : On ne t’a jamais demandé par exemple, avant une scène, un type de visuels, des codes couleurs à respecter ou autre chose ?

Cassie : Franchement, jamais. Après, la manière dont je travaille mes performances va dans ce sens. Je me renseigne beaucoup en amont sur les artistes avec lesquels je vais jouer, sur leur univers, donc j’essaie de faire quelque chose qui mélange donc mon univers artistique aux leurs ! J’aime bien mettre en valeur le projet artistique musical de la personne aux platines.
Mais ça personne ne me le demande ! C’est vraiment moi qui fonctionne comme ça. En plus ça me donne de nouvelles pistes créatives à chaque fois, donc ça me challenge aussi.
Jusqu’à maintenant, j’ai eu que des super retours des artistes, qui trouvaient ça en adéquation avec leur image, donc ça s’est toujours bien passé. Mais personne ne m’a posé de contraintes. C’est la liberté totale : c’est un gros kiff !

Dour Festival 2018 / Crédit photo : Marty Oddes

Une double performance au Dour Festival (2018)

La Stud : Tu peux nous rappeler les artistes avec lesquels tu as collaboré sur cette édition du Dour Festival ?

Cassie : J’ai fait deux lives VJ hier sur la scène Redbull Elektropedia pour GoldFFinch et puis pour Daniel Avery.

La Stud : Deux sets que tu n’as donc pas enchaînés, puisqu’ils étaient à des horaires différents. T’as eu une préférence sur ces deux prestations ?

Cassie : C’est vrai que j’ai l’habitude de travailler surtout de nuit, à savoir en club principalement, donc je ne te cache pas que j’ai préféré l’horaire du soir avec Daniel.
En réalité, l’artiste me parlait beaucoup plus, du point de vue de sa musique et de son univers visuel, donc j’étais vraiment hyper à l’aise sur ce set.
J’ai donc fait un set de jour, puis un autre qui se chevauchait entre le coucher de soleil et la nuit. Faut savoir que c’est quand même pas la même ambiance sur les visuels.

J’avais à disposition un énorme écran de 28 mètres par 6 mètres, appuyé par les « petits écrans » (ndlr : quelque chose comme 6 mètres sur 2), donc la nuit tu es clairement en train d’éclairer les gens et tu peux leur en mettre plein la vue.

La Stud : La consécration hier, du coup, c’était ta rencontre avec Daniel Avery ?

Cassie : Oui, j’avoue ! Il est tellement cool, je suis vraiment hyper contente, car quand j’ai découvert que j’allais bosser avec lui, je ne connaissais pas complètement son univers. J’ai donc  passé plusieurs semaines à m’imprégner de son univers artistique, et de ses sons, qui tournaient en boucle dans ma tête.
C’était un gros kiff musical en plus. Je bosse souvent pour des artistes dans l’électro ou la Techno, parce que c’est là que ça me fait vibrer. C’est ce que j’écoute, et il faut que la musique me parle.

Autant allier l’utile à l’agréable ! 

Le VJing, un métier d'orfèvre, et un art de technicien

La Stud : Pour les amateurs, on aimerait bien rentrer dans les détails techniques. Tu utilises le logiciel Modulate, mais est-ce que tu peux nous dire un peu comment ça fonctionne histoire de susciter des vocations peut-être ?

Cassie : Pour schématiser, y’a le travail sur les visuels dont je te parlais tout à l’heure dans un premier temps, puis un long travail d’encodage, qui permet à tous mes visuels d’être passe-partout dans toutes sortes de logiciels. Faut que je sois préparée de ce point de vue-là.

Sur Modulate, t’as plusieurs calques, ça fonctionne avec des superpositions de boucles. Moi je travaille sur Mac, et le reste de mon matos, c’est un contrôleur et un Launchpad, exactement comme un Live Ableton, avec un contrôleur Midi. J’assigne des effets sur mes potards et mes faders, et ensuite je peux concrètement mixer en live, faire vivre mes loops en direct, les transformer, les moduler, et ainsi de suite.

Ce travail peut être automatisé, je peux me brancher au BPM, voire directement aux platines pour recevoir le son, et c’est une technique comme une autre.
Personnellement, je ne bosse pas de cette manière, je suis souvent en régie, donc j’ai pas toujours accès aux branchements son. J’ai appris à bosser à l’oreille et en live, enfin sans filet quoi, il n’y a vraiment rien d’automatisé.
Si je lance pas la boucle au bon moment, si je réponds pas vite à la musique, ça peut vite devenir chiant !

C’est pour ça que je bosse sur de la Techno ou de l’Electro, parce que ça me parle plus. C’est de la musique que je ressens, je vois arriver les drops, les temps forts; j’ai cette sensibilité-là.
Et je me sens à l’aise pour rebondir avec l’artiste, parce que je sais jamais concrètement quelle prestation il va donner ! Et j’adore ça ! Je me laisse surprendre moi aussi, j’adore devoir être réactive comme ça.

Après on fonctionne vraiment pas tous pareil. Chaque VJ a sa technique propre.

Crédit Photo : Jean Ranobrac

« Je montre beaucoup de meufs.
Hier sur les écrans, j’ai lancé un énorme « Slut Pride », j’aime bien envoyer de la zouze comme ça. »

La touche CassieRaptor

La Stud : D’un point de vue artistique, c’est quoi ta touche, le style « CassieRaptor » ?  

Cassie : Je pense que j’ai du mal à décrire ce que je fais, tellement c’est au feeling.
J’aime bien mélanger des visuels géométriques et des visuels iconographiques.
J’aime bien utiliser les deux; je trouve qu’avoir des visuels géométriques permet de plus entrer en profondeur dans la musique, de rentrer dans une forme de contemplation. Puis par-dessus ça je mets mes visuels iconographiques, et c’est donc là que je fais passer des messages, je montre beaucoup de meufs. Hier j’ai lancé un énorme « Slut Pride », j’aime bien envoyer de la zouze comme ça. J’ai même mis des chattes sur Avery !

Je fais beaucoup d’illustrations de ça, et je m’étais dit que je mettrais des chattes à Dour pour délirer, et bien mission accomplie ! (rires)

Après évidemment, je ne réduis pas mon travail qu’à ça. Je mets pleins d’autres choses, des serpents, des mains, des gens qui dansent, des gens qui phasent, pleins de choses.

Je suis pas dans un message non plus trop cérébral tu vois, je veux que ce soit impactant, mais par touches. 

J’aime bien jongler entre le trip et la surprise. Ouais j’aime bien créer la surprise quand même. 

Quand je bosse dans le milieu Queer , là je me lâche dans les messages.
Quand j’ai bossé avec Mila Dietrich par exemple, c’était un gros kiff parce qu’elle travaille aussi beaucoup dans les paroles, donc je m’amusais à reprendre des mots à elle, des mots forts. Là je l’ai pas senti, c’était pas trop le truc tu vois ! C’était au feeling.

Redécouvrez ici l’interview de Mila Dietrich pour la Stud en 2016.

La Stud : Tu penses que des artistes en particulier t’ont inspiré ? Tu as des références en Vjing ?

Cassie : Je pense que j’ai développé mon style, ma pratique de mon côté. Mais c’est vrai qu’il y a des artistes que j’aime beaucoup, comme Konpyuta par exemple. Ca a été une claque de découvrir ça pour moi.

Ce sont deux artistes qui ne travaillent qu’en analogique en fait. Le visuel analo c’est hyper trippant, c’est d’une beauté, moi je suis séduite visuellement. C’est très abstrait en réalité. Ils partent d’un signal sonore qu’ils captent, et ils jouent avec, c’est magnifique, franchement !

Après pour le reste, ça fait un peu bizarre de dire ça, mais j’ai pas tant de modèles que ça. J’essaie toujours de faire en fonction de comment je sens le truc.
C’est la musique qui guide mes visuels en fait. Tout se fait sur le moment, sur ce que j’ai envie de faire, si j’ai envie de travailler telle ou telle chose.
C’est souvent la musique qui m’envoie des signaux, qui m’inspire quoi faire, je vois clairement des choses en écoutant du son.

Extrait de Konmpyuta

La Stud : C’est quoi ton arme secrète en live ? Ton tip, ton glitch préféré ?

Cassie : Ah c’est dur… Ca dépend tellement des artistes, des scènes…
Par exemple, pour parler du glitch, sur Daniel Avery j’ai beaucoup eu envie de le faire, alors que je l’avais pas forcément préparé.
C’était un nouveau challenge, puisque son dernier album comportait par exemple un univers visuel vraiment étoffé, donc j’ai tenté des choses que je ne referai peut-être pas sur mon prochain set.
Je renouvelle beaucoup mon arsenal, mes visuels, un peu comme un Dj qui renouvelle son set et sa tracklist en fait. J’y reviens à chaque fois, mais être VJ, c’est avant tout jouir de beaucoup de liberté, de réactions à chaud, donc j’ai pas vraiment de « tip » ou de secret weapon !

Les Questions de la Stud

Un artiste référence

Peaches !

Pour son côté badass, la nana envoie du lourd comme ça !

Ah oui, c’est vrai qu’on n’en a pas parlé, mais je travaille beaucoup mes make up, et je le fais à chaque fois que je joue. J’adore cet aspect-là de la scène, et Peaches m’a beaucoup inspiré pour ça ! Dans son côté scénique, revendicatif, elle y va, elle ose quoi.

Un album référence

Vu le contexte, je dirais Song For Alpha de Daniel Avery !

J’ai vraiment kiffé. Je l’ai poncé, t’imagines même pas, je reconnaissais tous ses morceaux à la première note.

Le Club de tes rêves

Le Berghain, sans hésiter.

J’en rêve ! Ils font du Vjing un peu au Panorama, et même en bas, donc ce serait un kiff énorme.

Une bière

Affligen

Un héros ou une héroïne

Catwoman

Un film

Velvet Goldmine

Ca parle de David Bowie, qui est clairement une icône, de tous ces artistes complets qui travaillent de leur musique jusqu’à leur image, leurs personnages, c’est un film excellent. J’adore.
J’aime quand les artistes pensent à tout comme ça !

Une collaboration improbable

Avec un rappeur ?

J’imagine que je pourrais faire un truc bien cliché pour rire, avec des guns et des motos, ou encore avec des chattes !

La femme de tes rêves

La Diva dans le 5ème élément.

Un chauve qui t’a marqué

Booba, parce que ça a jamais été l’amour fou, en fait j’aimais pas du tout.
Et finalement quand il est passé hier, j’suis allé le voir par curiosité et j’ai quand même kiffé. Donc s’il est vraiment chauve, je dirais lui.

L’équipe de la Stud tient à saluer et remercier CassieRaptor pour cet interview fleuve, Mila Dietrich pour nous avoir mis en relation avec l’artiste, et enfin le Dour Festival pour les multiples émotions, et la possibilité qu’il nous est donnée chaque année de faire ce genre de rencontres uniques.

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