Ceephax Acid Crew – Acid Cask Trilogy

Ceephax Acid Crew – Acid Cask Trilogy

Le chevalier de l’acid est de retour. Le 13 septembre dernier, Ceephax Acid Crew sortait sur le label indépendant WéMè Records son tout dernier album, Acid Cask Trilogy. Ce projet, assez différent de ses précédents, mérite de se pencher sur la trajectoire de cet ovni des musiques électroniques.

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Très prolifique, le compositeur britannique a toujours su se distinguer, à la fois par son éclectisme mais aussi par son univers musical bien à lui. En dehors de la house et de la techno, Ceephax a pu flirter avec différents styles musicaux, et notamment la drum and bass : c’est le cas de son album Hardcore esplanade (2006), dont les breaks effrénés rapprochent du breakcore.

Mais ce sont les sonorités acid de ses multiples séquenceurs Rolland qui lui ont donné son identité et la signature de son univers sonore. Et cette trajectoire s’est accomplie, excusez du peu, sur de prestigieux labels tels que Breakin’ Records (label de DMX Crew) ou Rephlex Records (label d’Aphex Twin).

Loin des sentiers battus, il a su donner à ses productions une réelle esthétique sauvage au kitsch assumé. C’est à travers ses lives déjantés, enrichis de mapping et de visuels médiévaux ultracolorés, pendant lesquels il interagit constamment avec son public, que l’on peut comprendre l’énergie qu’il est capable de dégager.

Rompant avec ses influences habituelles, l’artiste nous offre un album bien plus « sage ». Finies la lenteur de l’acid house et toutes les perches mélodiques qu’elle peut tendre : Ceephax met les deux pieds dans une techno bien plus linéaire et monotone. Le ton est d’ailleurs donné dès le début : le premier morceau, Acid Consortium, commence par un court bruit robotique, qui vient rapidement céder place à un kick brutal et rapide. S’étalant sur six minutes, le morceau laisse pressentir l’ambiance générale de l’album, qui gravite autour d’une techno plus classique, dans une ambiance aux mélodies plus sombres. On retrouve ces caractéristiques dans des morceaux comme « Kaitak » ou « Nuketurn ».

Mais cet éloignement de son identité originale n’empêche pas Ceephax de nous signer quelques pièces qui ne manquent pas de sa petite touche personnelle. C’est le cas de Arachnid Acid ou de Grand Marniacid, dans lesquelles on retrouve des lignes acid bien fêlées au BPM explosif. Au risque de nous laisser sur notre faim, ces morceaux n’étant pas nombreux dans l’album.

Avec ce style plus construit et linéaire, Ceephax donne à son album une atmosphère aboutie et travaillée. Mais ce virage semble avoir été pris aux dépends de son esprit originel. L’album souffre donc de ce déséquilibre et manque de tonus. Froideur de la production en studio ? Ses lives récents, notamment celui de Dour, dont l’équipe de La Stud a pu profiter, mais aussi celui de l’édition 2019 d’Intercell (disponible sur Youtube), montrent qu’il est capable d’allier ces deux façades : cette touche personnelle imprégnée d’un kitsch médiéval, avec un côté plus « rave », si tendance ces derniers temps. Reste donc à voir la trajectoire qu’il compte prendre par la suite : espérons tout de même qu’il n’abandonne pas trop son royaume qu’on aime tant…

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