« C’est ce sentiment présent que je mets dans mes chansons » – Miel de Montagne
Photo: Charliedelaforet

« C’est ce sentiment présent que je mets dans mes chansons » – Miel de Montagne

De passage rapide dans le sud, on a pu s’emparer de Miel de Montagne au beau milieu de sa tournée pour une entrevue des plus décontractée. On s’est retrouvé au Joli Rouge, un café-frip du 72 rue d’Aubagne, entre meubles vintage et sapes, bières locales et boîtes de pâté artisanal. On a parlé de son premier album, de production, d’actes manqués, et d’abeilles. On en a appris un peu plus sur Milan, son projet et ses émotions.

"Si tu t’éternises sur quatre ans, ça devient un peu long, faut bosser dans l’instant et c’est aussi ça qui est intéressant."

Je suis désolé, on a pas pu choper de bateau pour l’interview.

Heureusement parce que j’en ai marre des bateaux.

Le Rockstore hier c’était bien?

C’était bien ouai, super bonne ambiance, on s’est bien marrés, on a fait un rappel un peu à la volée mais intéressant, les gens étaient chauds.

Et donc Marseille ce soir, annulé malheureusement?

Ouai des fois ya des choses qui prennent plus de temps à se mettre en place, mais du coup c’est pas plus mal, on peut chiller entre les dates, et on pourra revenir la prochaine fois avec un set encore plus long. Et Marseille ça va se reproduire.

Donc là tu es en pleine tournée promo de ton premier album sorti début avril, c’est ça?

Et ouai le premier mec, c’est cool, je découvre ce que c’est que de faire un album et là je découvre comment les morceaux peuvent vivre. C’est sur scène que ça se passe maintenant, c’est carrément autre chose que le studio.

Il a démarré comment le projet de ce premier album?

Ça a été très très vite, les délais ont été très courts. Je suis allé voir Étienne de Pain Surprise je lui ai dit “bah je veux faire un album”, “bah okay man, va falloir charbonner”. En fait ça s’est passé tellement vite, ça s’est un peu fait comme un morceau, de manière un peu spontanée et on avait pas pensé à tout. Je pense que le prochain je vais essayer de prendre un peu plus mon temps. Mais au final c’est cool aussi de faire ça rapidement, c’est dans cette période là que tu tentes des trucs. Si tu t’éternises sur quatre ans, ça devient un peu long, faut bosser dans l’instant et c’est aussi ça qui est intéressant. Mais ouai du coup tout s’est passé hyper vite et là je souffle un peu. On se concentre avec Diego, qui m’accompagne sur scène sur les morceaux live et on fait vraiment ça à fond en ce moment c’est cool.

Tes titres phares Permis B Bébé et Pourquoi pas sont présents sur l’album, c’est important de les inclure dans ce nouveau projet?

Permis B Bébé c’était le son promo de l’album, on l’a mis en avant pour faire monter un peu la sauce, après il y a eu L’Amour. Ya juste Pourquoi Pas que j’ai remis sur l’album. J’ai même hésité à mettre d’autres titres de l’EP, je me suis dit que c’était mieux d’avoir des titres inédits.

Photo: Charliedelaforet

"Pour la musique et les textes, c’est vraiment ce qui m’entoure, ce sentiment présent que je mets sur le disque"

Tu utilises quoi pour faire de la prod?

J’ai commencé vraiment par l’ordi parce que j’avais pas trop d’argent, j’en ai toujours pas trop d’ailleurs, mais j’essaie de me démerder. Il y a un plug que j’utilise quand même sur l’ordi, un faux Juno, le Tal UNO, je l’utilise pas mal. C’est vraiment super parce que j’ai pas de Juno à la maison mais ouai de plus en plus je commence à acheter. Pour la guitare, je me suis fait mon pedal board qui me sert un peu en studio, là je viens de me commander une nouvelle guitare. Mais sinon le matos que j’utilise, j’ai un casio un peu cheap, un orgue électrique, ma carte son et ça fait le taff. Là j’achète un peu plus de matos, pour le deuxième album, je vais essayer de faire un peu plus gaffe aux prises de sons qui ont été un peu difficiles. Quand tu as un projet travaillé et que t’arrives en studio tu peux aller plus loin et c’est clean, donc là j’essaie de bien bosser cette prise de son.. Après, le meilleur endroit pour faire de la musique ça reste dans sa chambre, et seul dans son environnement. C’est sûr que je vais rester encore longtemps devant l’ordi dans ma chambre, c’est trop cool. Il y a un petite pression d’aller en studio, tu chantes et tout le reste mais tu sais que t’as 2h et c’est payé alors que quand tu es chez toi avec ton clebs, tu es là tranquille “ça te plaît?”.

Pour le sujet de tes chansons, c’est assez centré sur la nostalgie, la mélancolie, tes histoires de coeur, on peut limite faire des phrases avec les titres de tes tracks c’est assez drôle, est-ce que pour toi ce genre de son est le plus propice pour raconter ces histoires?

Je fais la musique et après je raconte des histoires sur cette musique pour l’instant. Et ouai cette nostalgie/ce thème autour de l’amour c’est ce qui me préoccupe soit en ce moment ou soit c’est le feeling que j’ai quand je compose. Ça représente bien la phase dans laquelle je suis en ce moment et je suis content, j’ai réussi à mettre un truc là dessus, des phrases simples pour des choses simples qui m’entourent.

Les paroles viennent après, mais tu es quand même dans le mood quand tu prod?

Tout est très spontané, quand tu as le truc tu le fais sur le moment et c’est vraiment comme ça que je fais de la musique. J’ai beaucoup d’achats compulsifs, sans trop y réfléchir et après je suis “putin de merde”; ce qui est pareil pour la musique et les textes, c’est vraiment ce qui m’entoure, ce sentiment présent que je mets sur le disque.

Oh putin c’est scandale cette tenue, là on est en train de voir Diego qui porte une tenue de pilote de circuit avec un col assez spé.

Tu vois quand j’ai eu mon permis, j’avais qu’une envie, c’était de le crier. Le Slow pour mon chien, bah mon chien il est plus là maintenant, mais bon je voyais sa fin de vie arriver et j’étais là “vasy je te la dédicace” et la plupart des morceaux c’est ça, des morceaux comme Fragile, par rapport à la voix tout ça, c’est ce qui me préoccupait à ce moment là. Je pense que tout peut être inspirant. J’avais envie d’être sincère sur cette période qui est le présent.

Dans Cette fille, pourquoi Miel de Montagne ne prend-il pas son courage à deux mains et ne va pas lui parler?

Ah ouai bonne question, je sais pas, je le saurais peut-être plus tard. En plus Cette fille c’est le morceau qui ressemble le plus aux mélodies que je faisais quand j’avais 14 ans dans ma chambre, c’est peut-être inspiré de King Krule aussi. Donc j’avais vraiment envie de le mettre sur l’album, c’est pas anodin que je sois là à faire ce projet alors qu’il y a longtemps je faisais des trucs un peu comme ça.

On y ressent un peu de tristesse et de frustration par rapport au reste de l’album, quand tu l’écoutes c’est ce qui ressort un peu, une ambiance un peu différente?

Pour moi il rejoindrait Petit Garçon, une nostalgie, un truc un peu « acte manqué ».

Tu penses tirer des leçons de cette fille pour le prochain album?

L’évolution de cette fille? Bah ça mec il faut que je vive un peu mais je l’espère, ça va être marrant; peut-être dans dix albums (rires) qui sait. Je suis pas trop pressé, je laisse couler le truc, tranquille. Cette fille, on est des milliards, ça sera peut-être pas cette fille mais une autre.

Pour les paroles, Joris (son manager) parlait de phrases simples, de messages simples; ce côté répétitif dans la plupart de tes paroles, c’est le miroir de ton amour pour la House, additive (et répétitive), ou simplement une manière de prôner ce message simple dans chaque morceau ?

C’est les deux, au début ça part vraiment d’un truc de loop qui vient du fait d’avoir fait un peu de musique électronique. Si je pouvais faire que des refrains, je ferais que des refrains, genre c’est vraiment cool, surtout quand les gens les chantent en concert, on chante tous ça ensemble avec le public et là c’est vraiment le feu de dieu. Mais ouai il y a ce truc de répétition que j’aime beaucoup. Dans la pop il y a énormément ça et tu vois un truc que tu kiffes et que tu répètes à l’infini c’est génial, il y a un vrai plaisir. Mais c’est aussi parce que je mets la voix en dernier, ça fait un an que je chante et du coup le texte aussi c’est vraiment arrivé avec le projet Miel de Montagne. Avant j’avais jamais fait de paroles et j’avais jamais parlé de mes trucs.

Tu peux voir aussi des titres un peu plus longs, avec des couplets que j’ai co-écrit avec mon papa qui est du milieu (parolier de Matthieu Chedid et Vanessa Paradis nldr) je lui ai fait “attends papa tu peux pas me filer un coup de main?” et ça m’a ouvert les yeux d’aller un peu plus loin dans l’écriture. Sur le deuxième album j’ai peut être envie d’aller un peu plus dans ce truc de couplet refrain parce que c’est effectivement agréable de se retrouver juste guitare voix, tu peux développer un peu plus ton histoire. J’aime bien les chansons simples, qui rentrent facilement dans la tête et c’est pour ça que Mac Demarco m’inspire, c’est parce que c’est très simple et c’est vraiment le truc que j’adore dans la musique. Ce que j’écoute le plus c’est des musiques avec un beat point barre, deux-trois minutes. Après j’étais étonné avec Pourquoi pas parce que ya qu’une phrase c’est vrai et ça plaît bien, et tu te dis je vais essayer d’en faire d’autres.

Dans Pour rien au monde tu dis “Je suis le miel qui se pose sur ton aile quand tu es mon abeille” Est-ce qu’on pourra continuer à avoir du miel de montagne sans abeilles?

Et nan mec, parce que d’une il n’y aurait plus d’inspiration et de deux, s’il n’y a plus d’abeilles, la planète elle meurt et toi aussi. Des abeilles dans tous les sens, tout seul tu fais rien. Tous les gens qui m’entourent sont importants et du coup voilà, tout type d’abeille, l’abeille que tu veux qu’elle soit. Mais dans cette chanson c’est plus l’abeille cool tu vois? L’abeille sexe même.

J’ai vu récemment qu’on produisait du miel sur le toit de l’opéra Garnier à Paris; ton identité Miel de Montagne est rattachée à la campagne, la plage. Si un jour tu étais chaud à revenir à la vie citadine, dans la capitale, est-ce qu’on t’appellerait Miel de Cité?

Non je pense pas, j’ai vécu quatre ans à Paris et vraiment je pense pas que j’y retournerai, Paris c’est le rush. Je suis né à Blois en Touraine donc j’ai un peu joué dans les vignes tout petit et là mes parents ont acheté un ancien presbytère dans un village qui s’appelle La Motte vers La Rochelle et du coup je m’y suis installé parce que Paris tu peux pas te reposer, ta pas de silence. J’ai vraiment besoin de la campagne donc ça sera jamais Miel de Cité. Parce que quand tu rentres de tournée tu as envie de te poser et de recharger les batteries et je trouve qu’à Paris c’est impossible de recharger les batteries, il y a trop de monde. Mais après c’est peut-être aussi parce que j’ai grandi à la campagne, clairement ça m’aide pas du tout donc nan je pense pas que je reviendrai vivre à Paris même si mon tourneur et mon label sont à Paris, c’est la plaque tournante; mais voilà, j’aime bien Paris quand même. Peut-être Bruxelles, ça paraît un peu plus cool, tu as cette transition un peu ville cool. Et sinon Marseille ouai, j’ai mon pote qui a fait les 3 quarts des clips qui vient s’installer à Marseille donc je pense que je vais y glander un peu en mode “attends tu peux m’héberger?”, ya peut-être moyen de composer un peu ici, mais à voir, pour l’instant je vis dans un camion.

Par rapport à ton projet house, t’en parles pas beaucoup, il y a eu une release il y a 6 mois, non?

J’ai rencontré Délicieuse Musique, mon label, et on a fait une coproduction avec Pain surprise. C’est là que j’ai rencontré Joris notre manager et effectivement Délicieuse musique ils m’ont trouvé avec mon projet house. On commence à faire des disques House et à ce moment là, il y avait un manque, j’avais envie de faire de la pop, j’avais toujours envie de faire ça. Après il y avait des morceaux qui étaient signés qu’ils ont ressortis, mais ça fait vraiment 2 ans que je fais plus ça. En vrai ça m’excite pas du tout, le monde de la nuit j’ai vraiment vécu ça pendant 3-4 ans, à Paris, même si j’ai un tout petit peu voyagé, c’est pas trop mon trip. Et comme n’importe quoi, tu testes des trucs, après j’avais peut-être aussi un peu peur à l’époque de chanter et à un moment tu fais “allez vas-y”. Ça peut faire peur de faire un truc que tu sens, tu le fais avec ton coeur. Dès le début on te dit “ouai c’est trop nul ton truc” bah tu appréhendes un peu, mais je regrette pas du tout, là on est dans un truc, la house c’était peut-être aussi un effet de mode, j’ai un peu suivi ça.

En vrai le morceau qui a vraiment fait la liaison entre mon ancien projet et Miel de Montagne c’est Tu n’y connais rien avec ma mère. En fait sur ce track je chante pas et quand je l’ai fait, j’ai fait Pourquoi pas dans la foulée. Et Pourquoi pas ça a vraiment motivé tout le monde et moi-même. Les deux je les ai fait écouter au label, c’est Jacques qui les a entendus et qui a fait “ah c’est bien ça, envoie le moi”, il l’a passé à la radio et il m’a dit “vas-y envoie nous d’autres trucs”. Mais ouai si tu veux lier la transition entre les deux projets, Tu n’y connais rien c’est un peu le même truc, très simple, qui dure, je chante pas dessus. Mon ancien projet c’était que du sample. Après j’ai appris plein de trucs, de base j’ai une formation de batterie, j’en fait plus du tout mais rien ne sert à rien. C’est pour ça j’en parle pas trop, ça sert à rien d’en parler sinon on peut parler de mon groupe de ska reggae quand j’avais 14 ans.

Photo: Charliedelaforet

Vous avez des dates à l’étranger de prévues?

On rejoue en Belgique, mais sinon nan, comme je chante en français, je sais pas si les anglais ou les allemands seraient chauds. Après je rêve de jouer au Canada et on m’a dit que peut-être ça se ferait et donc ça ça m’excite vachement. Mais après j’aime bien la France donc c’est cool. Pour l’instant c’est pas encore planifié mais la Belgique on commence à y jouer de plus en plus, on a fait Liège et là on va faire Bruxelles en festival. Donc pour l’instant j’en sais pas plus et c’est déjà très bien. Là on fait un peu toutes les villes cools, il y a pas Lyon mais ya Montpellier, Nantes, Rennes à la rentrée et il y a tous les petits festivals, St Tropez, Paris la Cigale mais ça serait cool de partir à l’étranger. J’ai tellement un accent de merde en anglais que je pense ça passe, on peut trop se marrer mais faut que je parle anglais.

Tu commences un peu à composer pour le deuxième album?

Ouai j’ai 2-3 démos mais là le live me prend beaucoup de temps, dès que j’ai du temps libre entre les concerts avec Diego on s’enferme un peu, soit pour étendre les morceaux, soit on les refait. À chaque date tu te dis “ah ouai il faut faire ça”, c’est trop bien avec le live, tes morceaux ils prennent une seconde vie et je pense que le live donne à chaque morceau un petit truc en plus, soit une mélodie en plus, soit il dure plus longtemps, c’est deux choses différentes, tu as le studio et tu as le live. Le live c’est un peu chaud tu vois, tu peux pas te permettre juste de jouer, tu choisis comment tu interprètes et c’est bien quand ça peut partir vraiment loin. Pour l’instant on est que deux sur scènes donc on est un peu tributaire d’une machine, je balance des loops, des drums donc avec tout ça c’est un peu compliqué de trouver le juste milieu, à part improviser comme on veut, en étant que deux on doit trouver des subterfuges. Mais bon peut être qu’il y aura un batteur à la cigale. Mais pour l’instant ouai, je bosse beaucoup là-dessus, après, je m’enfermerai, je toucherai aux plugs, aux machines et je pense que j’aurai des choses à raconter avec l’été qui arrive. Là je viens tout juste de sortir un album et même si je fais un peu de son, il faut que je pose un peu pour vivre des trucs.

Ta passé combien de temps sur l’album?

En fait j’avais des morceaux qui étaient déjà là sur le premier EP, c’est-à-dire six-huit mois avant l’album. Il y avait des débuts de morceaux qui étaient là et après ça a été très vite, je les ai fini dans la foulée et j’en ai fait deux-trois comme ça d’un coup en une semaine. Donc c’était vraiment sur l’instant. Je l’aime bien cet album car c’est vraiment moi en ce moment. Et le dernier morceau par exemple c’est Ces rêves, je l’ai composé une semaine avant d’aller en studio, d’aller mixer tout l’album, c’est-à-dire que si je l’avais pas fini, les gars ils se seraient tirés les cheveux en mode “ah mais mec on est à la bourre, on peut pas sortir l’album à temps” donc autant te dire que j’étais là mais sans trop de pression. À la base j’avais 13 titres, j’ai dû en virer. Ça évite de sortir un track et d’avoir des regrets derrière, des morceaux où tu te livres trop ou pas assez.

Questions La Stud

Un artiste référence

Metronomy

Un album

This Old Dog de Mac Demarco

La collaboration la plus improbable

Miel de Montagne ft. Booba

Un film

Lords of dogtown

Un superhéros

Spider-Man

Une bière

La 507 Clovis

La femme de tes rêves

Penelope Cruz, même si toutes les femmes me font rêver.

Le meilleur festival/la meilleure salle

Les meilleurs c’est ceux qui m’invitent ahah.

Un chauve

Michel Blanc

Une blague

Désolé, j’en ai pas…

En attendant un tout autre projet, Miel de Montagne présentera son live en tournée d’été jusqu’en octobre et en février 2020 à la Cigale à Paris.

Miel de Montagne, son premier album à écouter ici:

Merci au Joli Rouge de nous avoir accueilli pour cette entrevue, à retrouver au 72 rue d’Aubagne à Marseille.

Merci à Charlie pour les photos, mention spéciale à Simus et Guigz.

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