« C’est le début de ce rap belge » Roméo Elvis en Interview

« C’est le début de ce rap belge » Roméo Elvis en Interview

La sortie de son projet Morale 2 était pour nous le meilleur moment d’aller à la rencontre du belge Roméo Elvis. Ainsi, lors de son  passage remarqué  à Marseille, nous avons pris le temps de discuter un peu.

Avant de retourner la Salle de l’Affranchi, l’artiste nous a parlé de la construction de son projet, de  Bruxelles, de ses influences et même un peu de son avenir.

L'interview

La Stud : Salut Roméo !

Roméo Elvis : Salut !

 

La Stud : Je tenais à commencer cet interview sur une déclaration de Jean Jass à propos du moment où il t’a rencontré  : “On a tout de suite compris que c’était un futur merdeux.” Tu peux nous donner ton point de vue sur cet rencontre?

Roméo Elvis : “Futur merdeux”? C’est bien de lui le mot merdeux ! C’est marrant que tu me demande ça, c’est une cool question !  Jean Jass, je l’avais beaucoup écouté avant, je le voyais comme une influence, un mec qui pèse. J’ai un rapport avec lui différent dans le sens où avant j’étais admiratif et maintenant on est pote. Du coup la relation est différente. C’est pas la relation ultra-fraternelle, j’ai toujours beaucoup de respect pour lui.

En revanche, cela fait longtemps qu’il me donne la force, que ce soit en concert ou pas. C’est quelqu’un qui donne beaucoup de conseils. C’est quelqu’un de bienveillant j’ai su écouter ce qu’il me disait d’une oreille.

La Stud : On a vu aussi que tu avais une famille de musiciens, on l’entend sur le morceau “J’ai vu”, c’est grâce à eux que tu t’es mis à la musique ?

Roméo Elvis : Je pense que c’est eux, c’est indéniable. Même si je fais une musique très différente, la source, l’envie de faire de la musique me vient d’eux. J’avais pas envie de le revendiquer plus jeune, étant ado, tu rejettes un peu tout ce qui t’entoure, il y a une petite crise identitaire. Mais maintenant, avec du recul, tu ne peux pas nier l’influence de la famille.

La Stud : Le Grunt #33 vient de sortir, c’est un peu le symbole de toute cette génération bruxelloise dont tu fais partie, vous êtes dans la mouvance là ? Vous avez enfin l’exposition méritée?

Roméo Elvis : Yes, il y a du monde sur la Grunt, mais il n’y a pas tout le monde non plus ! 
Je dirais pas qu’on a ENFIN l’exposition qu’on mérite. On a l’exposition qu’on mérite tout simplement. De plus en plus de choses se passent à Bruxelles. Des gens comme Hamza, Damso ont tourné les regards sur nous. Si il y a deux ans on était pas plus écouté, c’est qu’on ne faisait pas de la bonne musique comme maintenant. C’est normal qu’il y ai plus d’exposition maintenant.

Il y a Damso, Hamza, Caba et Jass, l’Or du commun et moi-même. On avance tous ensemble, mais personne ne marche sur les plates bandes d’un autre.

 

La Stud : On peut voir aussi qu’il y a du monde qui arrive derrière, sur la Grunt, il y a déjà Bruxelles’R par exemple.

Roméo Elvis : C’est comme au foot ça ! Quand il y a une team, “de choc” un petit peu, cela nourrit les inspirations des autres. Il faut pouvoir avoir des influences. En Belgique, il y a déjà une deuxième génération qui émerge. Avant on avait pas trop de quoi s’inspirer. Pour ma part, je m’inspirais du travail de Caba et Jass. Il y avait peu de monde.

Aujourd’hui, des mecs comme ceux de Bruxelles’R ont beaucoup plus d’exem… Non, non je ne dis pas que je suis un exemple pour ces gens là attention. Simplement, je pense qu’ils ont plus de choses à regarder autour d’eux. Donc je pense que c’est le début de ce rap belge, ça va continuer.

La Stud : Sur la Cover de Morale et Morale 2 il est clairement écrit “Roméo Elvis & le Motel”, comment vous êtes vous mis à travailler ensemble?

Roméo Elvis : On s’est rencontré via des soirées à Bruxelles en fait. Il jouait de la musique avec des gens que je connais bien. De mon côté, je faisais toutes mes soirées avec l’Or du Commun. Il s’avère qu’on s’est rencontré comme ça avec l’Or du commun. On kickait beaucoup. On mettait des prods et on kickait, on kickait… Si tu veux on s’accaparait au passage l’ambiance. Motel passait des sons, Primero et moi on aimait bien rapper sur des instrus rapides donc ça a vite collé. Il changeait de tempo tout le temps, tout est parti un peu d’un jeu puisqu’on a décidé après ça de travailler vraiment.

 

La Stud : Comment abordez un morceau ? Les instrus et les textes en même temps?

Roméo Elvis : En fait le procédé est simple, c’est toujours le même. Soit, je sais moi de base vers quoi je veux aller, ou alors pas du tout. Soit lui propose une prod qui va m’orienter. C’est vraiment je commencer à travailler, je t’envoie ce que j’ai fais, tu le modifie à ta sauce etc etc..

Il faut savoir aussi qu’en réalité on est trois puisque l’Oeil écoute laboratoire fait vraiment partie du truc. On ne le considère pas uniquement comme ingénieur du son, il a un rôle important dans la direction artistique. Il s’occupe aussi du mastering.

La Stud : D’ailleurs sur le morceau Agora, d’où vient cet échange avec le public ? C’est du faux ?

Roméo Elvis : Non non ! Au début du morceaux peut-être, fin, il me semble, je ne suis pas sûr. Mais à la fin les “C’est pour ça qu’on est là!” on les a vraiment fait faire à une foule à Charleroi.

 

La Stud : Comment Grems s’est retrouvé sur la track d’ouverture de ce projet?

Roméo Elvis : Bon, en fait c’est sa prod. Motel lui fait des prods et moi je lui en pique (souvent). Il fallait que je l’invite pour montrer que je ne suis pas qu’un voleur de prods, que j’ai du respect pour lui.  A part ça, Grems fait partie d’une école du rap que j’aime beaucoup, les rimes à l’anglaise, le petit côté House.

Pour moi, il est à mi-chemin entre le rap alternatif de Gérard Baste, James Delleck et tout (Ndlr : Klub des 7) et en même temps il est plus dans le côté “officiel”.
Je l’invitais donc pour montrer que je le respecte mais je suis grave content de l’avoir sur le projet au final.

 

La Stud : Tu le dis dans le son aussi avec la phase “Posé dans le canap’, j’écoute 4 fois le track de Grem’, c’est une tuerie” !

Roméo Elvis : Oui et non, en fait ça, je l’ai mal écrit. Je capte que t’es pas le premier à m’en parler. En fait, je parle du track “Les gens du passage”, c’était un petit clin d’oeil quand je dis juste avant “les gens du passage connaissent BX”. C’est se comprend dans les deux sens au final mais à la base c’était une sorte de dédicace.

 

La Stud : D’ailleurs, tu dédicace aussi Fuzati dans le projet.

Roméo Elvis : Ah oui beaucoup !

La Stud : Tu viens de sortir un projet très éclectique avec des sonorités, des prods, des ambiance, pleins de choses très différentes : Si tu devais te revendiquer d’une certaine catégorie de rap, tu pourrais le faire?

Roméo Elvis : Je sais pas ! Dans le fond, je suis influencé par le rap alternatif. Alors que dans la forme je suis influencé par un rap plus technique comme celui de Nekfeu, Alpha Wann, Caba et tout.

J’aurais donc du mal à me mettre dans une case. A l’heure d’aujourd’hui j’ai Morale 2, comme tu l’as très bien souligné c’est très éclectique, on a voulu varier un maximum les couleurs et les ambiances. C’est difficile de classer ça !

 

La Stud : Alors dans tes influences tu es plus rap alternatif ou old school?

Roméo Elvis : Euh… Rap alternatif old school !  Fuzati, Klub des 7, c’est des choses qui m’ont parlé.
Si tu le prends en pourcentage, Fuzati m’a autant influencé qu’Alpha Wann, pourtant c’est deux écoles totalement différentes.
Un fuzati pourrait écouter Alpha Wann je pense, mais pas l’inverse.

 

La Stud : Qu’est ce qu’on peut te souhaiter pour la suite maintenant que le projet est sorti, a l’air de bien marcher ?

Roméo Elvis : Je dirai des découvertes comme aujourd’hui. 
On a la chance de découvrir une ville, c’est la première fois que je viens jouer dans le sud de la France.  A chaque fois on avance un peu plus.
Alors, si tu pouvais me souhaiter deux choses.
La première chose serait d’explorer de plus en plus d’endroits.
La seconde c’est que….  je me rends bien compte de tout le bien que me fait Morale 2 parce que ça m’apporte une visibilité et que je fais peau neuve avec ce projet. Par la suite, je vais devoir relever le niveau, sans Motel. Là on est dans un projet ensemble mais je vais continuer individuellement, je vais essayer de me rapprocher un peu du rap qui casse. J’ai envie que les gens me suivent.

[Nous vous épargnerons de l’échange sur la sincérité artistique que vous trouverez très probablement long et peu compréhensible]

Suite Roméo : Je montre beaucoup de choses qui permettent de voir comment je mène mes travaux. Derrière, le but c’est que si on aime pas ou plus, on ne dise pas “Il a changé” ou je ne sais quoi. Je reste dans la franchise avant tout.

Les 10 questions de La Stud avec Roméo Elvis

-Un artiste référence

Tyler

-La collaboration la plus improbable

Avec Mathieu Chedid (M)

-Un film

Pulp Fiction

-Un super-héro

Green Lantern

-Un album

Prose et Combat

-Une bière

La Triple Karmeliet

-La femme de tes rêves

Je suis déjà avec

-Un club

Liverpool

-Un chauve qui t’a marqué

Un mec chauve? Sérieux? Franck Leboeuf

-Une blague

Que prend un éléphant quand il rentre dans un bar ? De la place !

Pour toi, il y a une bonus d’un fan : Est-ce que ta meuf te bat à GTA ?

On joue pas l’un contre l’autre, mais elle très forte mine de rien.

Je l’ai mise à Fifa aussi ça devient dur !

 

Crédits photos : Guillaume Kayacan

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