« Je suis sorti de ‘l’Église club' », échange avec Simo Cell pour sa sortie YES.DJ
© Marin Driguez

« Je suis sorti de ‘l’Église club' », échange avec Simo Cell pour sa sortie YES.DJ

On se hâtait à refouler le sol de la Friche pour cette deuxième et différente expérience béton de l’été. En deux semaines, Bi:Pole a investi les milliers de mètres carré de la Friche Belle de mai avec des propositions distinguées l’une de l’autre. On s’est laissé porter par les foules, mais surtout par les basses fréquences nichées sous le module du GMEM. Parmi une programmation pour cette scène pour le moins raffinée, le prince Simo Cell s’est adonné à ses armes de prédilection. On a pu échanger avec le producteur français sur sa nouvelle sortie YES.DJ, son label TEMET et sur l’hybridation.

On va tout de suite parler du projet que tu vas sortir le 21 septembre sur TEMET, YES DJ donc c‘est un EP de 6 titres ? mini album ? Comment on devrait l’appeler ? Tu peux nous parler de la release ?

C’est un gros EP en fait, on a appelé ça mini album mais ouai… de toute façon les formats sont un peu poreux maintenant, il y a des tapes, des mixtapes, des albums etc. donc ouai c’est un gros EP, avec 6 morceaux. Ce sont des morceaux faits entre 2018 et maintenant, une période assez longue. Je me suis posé pas mal de questions pendant le confinement, j’avais beaucoup de musiques en stock. J’en ai fait beaucoup et je ne savais pas si je devais sortir de la musique club ou pas, parce que la musique club est vachement liée à l’espace physique. Et sans espace physique et sans club, cette musique fait moins sens, parce que c’est une musique qui s’écoute sur un gros système son avec une idée de collectif. Parfois il y a des morceaux que t’écoutes le mercredi chez toi, un morceau club et il te parait un peu fade. Tu vas ré-écouter le même track en club le samedi et tu vas te demander “c’est quoi ce truc”.

Il y a cet aspect de terrain vraiment, donc je me suis souvent posé la question. J’avais des morceaux qui étaient prêts depuis un moment. Au final, après m’être posé 50 milliards de questions, après avoir retourné le problème dans tous les sens, j’ai décidé d’arrêter de trop me tourmenter. Ces 6 morceaux je sais que je les aime, je les ai fait il y a longtemps et je les aime toujours donc c’est bon signe, ça veut dire qu’ils ont plus de chances de résister à la patine du temps aussi. Et voilà, je me suis dit que j’allais pas revenir dessus, je sors ces 6 morceaux, je les envoie à presser. Il y a ce truc de spontanée, et j’avais surtout envie de pousser le truc avec ma patte.

Il y a plein d’influences différentes dans ce disque. L’idée c’était vraiment de piocher dans tous les styles que j’aime jouer quand je suis DJ, donc il y a un track un peu influencé Ghetto Juke, un track un peu plus Trap, un track un peu Dub, un autre un peu Jersey, Bmore et un autre un peu Memphis rap, donc il y a plein de styles différents. J’ai toujours aimé et je parle souvent d’hybridation, l’idée c’est pas de faire des pastiches de morceaux, de styles qui sont déjà bien établis mais plus de récupérer des codes tout en gardant ma palette sonore qui est bien établie maintenant. Je pense que j’ai un son bien marqué donc c’est pour ça que je me permets d’aller récupérer des influences un peu partout parce que je peux les digérer avec ma patte et avec la manière que j’ai de bosser. L’idée c’est de faire un petit clin d’œil à la culture club, cet espace qui me manquait temps, d’aller au bout de cette chose là, je pense que c’est un disque assez aboutit.

À côté de ça, pour renforcer cette idée de club et pour faire un coucou/big up, j’ai sorti un fanzine de tickets boissons. L’idée, du fait que j’ai mon label (TEMET), je peux me permettre des choses que je ne pouvais pas me permettre avant. Et typiquement, pour cette idée de fanzine j’avais l’idée de créer un concept et une histoire autour du disque, d’où les tickets boissons que je collecte depuis un certain temps en fait, et je mets tout sur mon compte instagram. En plus de ça je ne savais pas si les clubs allaient être ouverts au moment de la sortie du disque. Au final la collecte, c’est arrivé un peu spontanément, je voulais pas trop avoir de compte instagram au début et j’avais tous ces tickets boissons que je gardais dans mes poches. Et un jour je me suis dit “allez on va les poster” pour troller l’instagram game sauf qu’au final je me suis un peu pris au jeu et le truc a marché bizarrement, il y a des gens qui m’envoyaient des messages, des promoteurs me demandant si je pouvais poster les leur ou quand j’allais jouer dans des clubs parfois, certains me donnaient des tickets boissons spéciaux en me disant “bah voilà là on a fait un ticket boisson spécial pour la soirée” et jusqu’à un moment, on m’a proposé d’imprimer ma collection sur papier. J’ai eu plusieurs demandes, des maisons d’édition / d’impression qui sont venues me voir “est-ce qu’on pourrait faire un bouquin avec tes tickets boisson ?”. Et au final je l’ai fait moi-même, l’idée est venue des requêtes que j’avais eu, je m’amuse bien avec ce fanzine. Et il y a aussi des textes de potes qui parlent de leur rapport au club, le tout réuni donne quelque chose de pas mal du tout.

Ces tickets boisson, ces jetons, bouts de papier et autres petits trucs qu’on te donne et que tu cales dans ta poche, ça t’a quand même occupé l’esprit. Ils ont une certaine place dans la club culture, la place qu’ils occupent, et si ça venait à disparaître ?

Le truc d’archiver un pan de la culture club, c’est rigolo mais c’est quand même mettre des grands mots dessus. Une fois en interview on m’a demandé pourquoi j’avais décidé d’archiver cet aspect de la culture club aussi peu connu. J’avais jamais réfléchi à ça. Mais effectivement les tickets boisson, il y en a plein de sortes, parfois tu as des blagues dessus, certains sont en papier, d’autres en bois, tu as des jetons aussi, jusqu’à ceux qui n’en ont pas. Au final, ça m’a pas mal occupé l’esprit, même si à la base c’était spontanée. Quand un ticket boisson est particulier, il y a un effort fait là-dessus, et ça te donne un indice sur le côté chanmé de la teuf. Ça montre que le promoteur met du cœur à l’ouvrage et se focalise sur des détails; et dans les teufs, tout est une question de détail. Ce que tu vois en premier c’est la musique et le soundsystem mais derrière pour qu’une teuf soit vraiment mémorable t’as plein de petites règles sur lesquelles tu peux jouer, tu as des questions de déco, la manière dont le staff t’accueille, tu peux proposer des déguisements, différents espaces. Il y a plein de choses sur lesquelles tu peux jouer. Ces petits détails là de tickets boisson, ça veut dire que les personnes qui organisent sont vraiment à fond sur le projet.

Les tickets boisson en soit ne sont pas importants, mais ça dit beaucoup de la culture club et du lien avec l’alcool. Bon ce n’est pas que la culture club, toutes les musiques qui s’écoutent, les musiques vivantes, le jazz avant, sont des musiques qui existent et les artistes peuvent tourner aussi parce que tu as un bar qui tourne derrière.

C’est pour ça que je dis que la culture club est liée à l’alcool, sans les consommations du bar et de la soirée, l’industrie tournerait pas comme elle tourne. Dans le jazz, à la base c’était des formations avec des mini orchestres. Il y avait aussi cette relation d’argent, d’économie avec l’alcool et les jazzman qui ont explosé comme Miles Davis c’était devenu des artistes solistes. C’est passé d’une formation d’orchestres à des formations plus réduites qui jouaient dans les bars, et ça c’est lié aussi à la place qu’a l’alcool dans la musique vivante, donc c’est assez intéressant au final. Tu peux toujours extrapoler et dire beaucoup de choses sur les tickets boisson.

© Thomas Brun

Le ticket boisson que tu préfères de ta collection ? Celui que tu trouves mémorable ou que l’idée elle est trop folle ? Et si tu devais en créer un ?

Mon ticket préféré c’est celui d’une teuf à New York, où justement les gars faisaient tout eux-même, ils avaient même créé leur propre système son, ils faisaient des raves etc. Ça s’appelle Club Night Club et c’est un espèce de jeton, un palet jaune assez épais, avec le logo de la teuf dessus.

Le smiley Acid sur la cover de l’album c’est un ticket boisson d’une teuf à Londres, Re-texture. Ce sont les graphistes du projet qui ont eu cette idée-là, de le mettre en macaron. Je suis bien content, ça défonce.

Et sinon il y a un ticket boisson que j’ai eu le week-end dernier qui était trop bien, c’était un ‘Larcher coin’, on pense direct sénat quand on le voit. C’est juste des tickets avec la tête de Gérard Larcher, et c’est marqué “ticket boisson à utiliser au bar et aussi au bar du sénat” un truc comme ça.

Et Vision c’est pareil, ma théorie elle fonctionne, les mecs sont dans une démarche super indépendante, ils veulent pas de subventions des collectivités, ils veulent vraiment garder leur indépendance, ils sont dans un truc radical, extrême et très chauds au niveau de la déco, et même sur tout ce qui est mis en place par le staff et sur les tickets boisson.

Tu parlais un peu de TEMET tout à l’heure, ton album prolonge bien la DA du label ?

Ouai ouai, c’est compliqué pour moi d’en parler parce que c’est encore le début. Mais j’essaie de développer une esthétique, avec l’idée d’hybridation. Le début d’un label c’est toujours un peu compliqué parce que les premières pièces sont déjà longues et il y a des labels dont on a oublié les premières sorties. C’est compliqué de parler de son par rapport à un label. Il y a cette idée de mettre en avant des artistes novateurs qui poussent un peu les codes. Ils.elles sont dans des scènes particulières et essaient d’être un peu à l’interstice de différents styles, ils.elles ont cette démarche d’hybridation, d’innovation, d’expérimentation. Il y a quand même un truc dans le son d’assez précis, dans le mixage, le sound design, un son assez patate qui sonne fort et assez brillant. C’est ce côté un peu HD qu’on peut avoir dans certains styles de musique, en terme de patte il y aurait déjà ça, pour l’instant du moins.

En tout cas l’histoire s’écrit disque après disque, c’est compliqué de pouvoir poser un regard objectif et extérieur. Là c’est le troisième disque, il y a eu deux K7 et la deuxième release avec Elise Massoni qui est sortie avec une vidéo, après E-Unity. Je ne me pose pas la question s’il y a une charte sonore précise, mais plus si ça me parle moi, si ça vibre.

Tu te concentres plutôt sur l’hybridation dans la scène française avec le label, si tu devais donner ton ressenti, un baromètre de la scène actuelle par rapport aux explorations des horizons et des influences électroniques, ça s’est pas mal affirmé avec la crise non ?

Déjà par rapport à l’hybridation, mais ça c’est pas qu’en france, on le sent vraiment de plus en plus. C’était déjà le cas il y a 5 ans, avec l’influence d’internet, sur la musique, les frontières sont de plus en plus poreuses entre les styles, la technologie a pas mal aidé aussi. Faire de la musique c’est bien plus simple aujourd’hui qu’il y a 10 ans, en tout cas sur ordinateur. Il y a 10 ans, sur les logiciels et les plugins, pour avoir un son qui sonnait chaud, qui soit solide et qui envoyait en club, il fallait beaucoup de temps, il y avait une histoire d’huile de coude assez vénère. Tu étais un peu perdu par rapport aux tutos Youtube, il n’y avait pas grand chose. C’était beaucoup plus nébuleux qu’aujourd’hui. Maintenant tu as beaucoup de sons pré-établis, de packs de son faits par style. Si tu veux faire de la Grime, tu télécharges le pack de Grime avec les presets et bam. Tu peux faire de la Drill, de la Trap etc. donc il y a un truc où c’est beaucoup plus clé en main, tout ça fait que les styles sont plus accessibles par beaucoup de gens. Il y a beaucoup plus de gens qui font de la musique, il y a une espèce de chaos dans le bon sens du terme, chaos magique où les styles sont moins définis qu’avant. Avec l’arrêt des clubs pendant un an et demi, on ne sait plus trop quel est le style chaud du moment, le truc que les gens écoutent, j’étais le premier perdu avec ça et au final, c’est pareil pour tout le monde, j’étais un peu flippé par rapport à ça.

Tout le monde écoute du son chez soi. mais il y a plein d’îlots partout, il y a moins cette espèce d’élan collectif dont on parlait tout à l’heure, d’imaginaire collectif qui se nourrit parce qu’on est chacun chez soi. Tout ça fait que ça part dans tous les sens, ce truc d’îlots, d’hybridation de plein de style. En france il y a plein de crew qui connectent ensemble, ça doit être encore la même idée derrière, l’idée de mélange. Tu as un peu la scène avec les gars de Bruxelles, les mecs du sud, en Bretagne tu as beaucoup de choses aussi. En fait l’été dernier, les teufs elles se sont passées dans des eco-villages, dans des champs. Il y a une force qui vient du terrain en ce moment, moi j’ai pas fait beaucoup de teufs, je suis beaucoup au courant et je check les artistes, mais j’ai pas fait beaucoup de teufs eco-village etc. Mais en tout cas il y a un espèce de renouveau en ce moment, tu as des trucs dubs, en termes de styles, il y a toute une vibe un peu lente, dub trance d’un côté, des gars de la Bass à Toulouse, tu as aussi Flore et Azu Tiwaline qui sont bookées ce soir d’ailleurs. En techno, je suis moins connecté mais je sais qu’il se passe beaucoup de choses, il y a une force vive qui vient du terrain.

Pour ton projet perso et tes influences, tu pioches vraiment à droite à gauche, tu expliquais que ton album jonglait entre Juke, Bmore, Trap et autre. De base, tu es beaucoup sur la UK Bass, ce qui se passe en Angleterre, là ça a beaucoup évolué depuis quelques années, ils ont pris une grosse accélération. Tu as toujours un pied là-bas ? Tu suis toujours ce qu’il s’y passe ?

Ouai à fond, je suis toujours en contact avec Peverelist (le boss de Livity Sound nldr). Là je ressors un track, il fait une compilation pour les 10 ans du label. C’est vrai que ouai, la UK Bass c’était un style d’outsider et c’est devenu beaucoup plus établi et facile à jouer. Il y a une espèce de vitrine sur cette scène là. J’écoute toujours de la Bass, d’ailleurs je vais refaire un disque avec Livity bientôt. Donc ouai ouai j’ai toujours un pied là-dedans, et même ma musique en fait, je parlais des influences tout à l’heure mais le fond de ma musique il reste Bass, après c’est un gros mot ce mot, je l’aime plus trop, il est trop large ça veut plus trop rien dire. En tout cas, ma musique reste centralisée sur les fréquences basses, sur le travail des subs, des rythmiques syncopées etc. tout ça c’est l’ADN de Livity, mon son il a évolué mais… “la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre” comme on dit. Mes origines sont là et je pourrai pas les renier, j’ai composé avec ça, et ça fait quand même un bon moment que je fais de la musique.

© Thomas Brun

Tu parlais de Vision tout à l’heure, tu y as joué avec Abdullah d’ailleurs. Par rapport à ce projet que vous avez eu ensemble, le live sur scène, le fait d’être à deux, c’est quoi ton retour d’expérience là-dessus ? Ça t’as donné envie de réitérer ce genre de collaboration, de live et d’album ?

Le live ouai à fond, j’ai envie d’en faire plus et un peu moins de DJ set, j’ai envie de réduire mes dates DJ set et de choisir des dates bien précises où je vais jouer mais pas tourner autant qu’avant. Et le live avec Abdullah l’idée c’est de le pousser le plus possible. Et ce qu’il s’est passé a Vision samedi dernier c’était ouf, honnêtement ça restera dans mes meilleurs souvenirs de scène tout confondu parce qu’il y avait un truc frais, j’ai retrouvé la sensation que j’avais, les premières claques que je me suis prise derrière un booth, en mode où tu as vraiment une connexion avec le public et qu’il se passe vraiment un moment magique en DJ set, bah là je l’ai revécu le week-end dernier avec Abdullah et au bout d’un moment, je vais pas dire qu’on est blasé parce que ça se passe trop bien derrière les platines c’est incroyable, mais c’était à nouveau magique et il y avait énormément de possibilités, de portes qui s’ouvrent à toi. D’un coup quand un live se passe bien et que c’est la première fois, en fait tu dis que tu vas t’autoriser à en faire d’autres, à pousser le délire. Et là c’est ce qu’il s’est passé samedi dernier, se dire “wow”. C’était nouveau.

Je cherche toujours à me mettre  en danger, dès que j’ai quelque chose de trop systématique, que je commence à créer des automatismes et des formules, ça me fait toujours un peu peur parce que c’est comme ça que tu perds ta créativité aussi, tu arrives dans des zones de confort, c’est bien un peu, mais c’est toujours important d’aller voir ailleurs, de prendre des risques. Et là typiquement le live avec abdullah c’était nouveau. Ce week-end en gros ce qu’il s’est passé, si c’était aussi intense, c’est parce que ça fasait longtemps qu’on bossait sur ce disque, ça fait genre 3 ans. Ensuite il y a eu le live, on a commencé à bosser ensemble fin 2018, avec le covid ça a pris du temps à sortir, puis on devait partir en tournée et tout s’est annulé. Les premières dates live c’était des dates sans personne et streamées. À chaque fois que tu montres ton live pour les premières fois, tu es censé avoir un retour du public, un retour d’expérience, ça va te permettre d’améliorer ton live, t’as une version alpha, une version beta etc. Et là en fait les deux premières fois où j’ai joué le live, c’était assez stressant, parce que c’était des grosses productions filmées dans des grosses salles. On a joué dans un opéra, dans le palais Beaux Arts à Bruxelles, on jouait dans des trucs assez ouf à chaque fois, sauf qu’il n’y avait personne. Mais entre le premier et le deuxième live, il n’y a eu aucune différence, du coup je me suis dit que c’était vraiment chiant de faire du live,c’est quelque chose de plus dicté à l’avance. Ensuite on a eu une date assez sympa à Grenoble mais les gens étaient assis dans un club. Il y avait 60 personnes. On a eu une date à Paris qui s’est super mal passée, le spot était pas ouf et en plus de ça, on était pas dans de bonnes conditions. Le live on l’avait écrit un peu pour du streaming, du coup c’était le premier crash test avec des gens debout, on s’est rendu compte que ça ne marchait pas. On a eu beaucoup d’épreuves et d’obstacles à passer, et au final j’en étais presque à me demander si le live était bien, si c’était un truc pour moi, c’était un peu démoralisant.

Après la date à Paname, on a un peu amélioré le live avec Abdullah, j’ai légèrement changé le setup, il y a vraiment eu cette notion de crash test, de retour d’expérience et d’amélioration. Et là à Vision on a eu la chance de jouer sur un créneau chanmé, à 20h, là où tous les gens sont encore assez attentifs. Ça commence à 15h, ça finit à 3h, et 20h c’est souvent un spot assez prisé, du coup on jouait à ce moment là, on avait eu des expériences un peu nulles, un peu compliquées avant, et là tout d’un coup les gens étaient ouf quoi, il y a des gens qui ont pleuré, on était là “wow”. C’était vraiment la date qui nous fallait au moment qu’il nous fallait. Donc ouai j’ai complètement envie de réitérer, enfin on va développer ça à fond avec Abdullah.

Ça te donne envie d’essayer autre chose avec d’autres artistes ?

Ouai probablement

Outre le côté du live et des streamings qui ont pu vous démoraliser, la période tu l’as vécue comment au niveau solo, des tes projets, du label, est-ce que tu as su rester debout ou tu t’es un peu écroulé à des moments ? Qu’est-ce que tu peux tirer de tout ça pour la suite ?

J’ai été hyper productif, je ne me suis pas arrêté de taffer et c’était la conséquence d’un mal être, je flippais tellement que je me suis dit qu’il fallait que je fasse de la zik, que c’était un moment où j’avais beaucoup de temps devant moi. Il fallait que je l’utilise, toujours dans cette dynamique qu’on a, dans nos sociétés, de toujours vouloir être productif. Je suis tombé un peu dans cette boulimie, de faire de la prod tout le temps. Au bout d’un moment j’étais pas bien, j’arrivais plus à faire de pause.

Avant le confinement j’avais un studio à l’extérieur et là mon studio était chez moi donc j’arrivais jamais à m’arrêter donc ça j’étais hyper créatif, j’ai fait trop de prod donc ça c’était cool mais à côté de ça je l’ai mal vécu psychologiquement. Surtout cet hiver, le premier confinement c’était cool parce que c’était nouveau et j’ai eu la chance de pouvoir rester à la maison. Il y a eu cet espèce de prise de recul, de pause. On pense que ça va durer peut-être un an, on se dit que c’est une espèce de petite parenthèse cool avant que ça reprenne. Et après on se rend compte qu’on va être là-dedans pendant un moment. Le deuxième confinement, tu commences à avoir peur de ne plus avoir de date, de ne plus être appelé. Puis au final en 2019 je jouais tellement, tous les week-ends, c’était une position hyper agréable, tu finis de jouer, les gens viennent te parler, te disent que c’était bien. T’y prends goût à ça, Abdullah il appelle ça “l’ego shower”, ça te donne confiance en toi. Et du jour au lendemain tout s’arrête. Au final c’est devenu un peu une dépendance, il n’y a plus personne pour te dire que c’est bien ce que tu fais etc. Tu es tout seul chez toi, tu es isolé, tu perds confiance et donc c’est méga dur, c’est super dur d’accepter que ce serait plus comme avant, de faire le deuil que ça ne repartirait pas forcément. Je l’ai fait et c’était une libération de ouf, par rapport aux DJ set, si j’en fais moins ça me va très bien. J’ai envie aussi d’aller vers d’autres choses, ça m’a ouvert trop de portes. Mais du coup les périodes de transformation sont trop souvent dures. Comme le serpent qui mue, tu perds une peau, c’est douloureux. Là ça a vachement fait évoluer ma manière de voir la zik, je suis sorti un peu de “l’église club” qui est une scène quand même très conservatrice au final, avec des codes très normés pour certaines raisons. Mais par exemple, quand tu es en club, tu ne peux pas mettre de silences, il y a cette peur du blanc entre deux DJ, un truc de bruit sans cesse. Dans les milieux un peu plus punks, il peut se passer plusieurs minutes de silence sans problème alors que dans le club tu as cette pression. Aussi au niveau des styles, c’est quand même très marqué, la House et la Techno etc. c’est en train de bouger mais il y a tout ce carcan club. Je suis sorti de cet espèce de truc, je peux aller voir ailleurs, je suis sorti de la “secte club”, en me disant que ce serait cool d’aller voir autre chose alors qu’avant ça ne serait pas passer par la tête. Ça m’a débloqué, mélodiquement, il y a des trucs que je faisais pas avant, musicalement j’ai beaucoup expérimenté donc ça a été une période hyper enrichissante mais dure forcément comme plein de gens.

Au final, toute la scène a pu tirer quelque chose de cette période là, est-ce que toi ce qui t’es arrivé, c’est arrivé de manière générale pour la scène, une mutation commune ?

Je me pose pas mal de questions. Mais je pense qu’il y a plein de profils différents sur la mutation. La scène est en train de muter, des artistes comme Flore et Azu Tiwaline, on les voit beaucoup plus, ça s’est clair, c’est des artistes qu’on ne voyait pas trop avant. Il y a une espèce d’évolution. Après en vrai il y a deux poids deux mesures, tu as vraiment tout et son contraire, il y en a qui vont vouloir à tout prix que ça reprenne comme avant, il y a plein d’attitudes différentes. De mon point de vue personnel, s’il y a bien une utilité à cette crise et à cette pandémie qu’on est en train de vivre, c’est justement de pouvoir changer ces pratiques et réfléchir. Ça fait un an et demi qu’on est en mode stop & go etc. et moi je n’ai pas du tout envie de faire la même chose que je faisais avant le premier confinement, j’ai envie justement que cette période me serve pour que ça nourrisse ma pratique pour aller ailleurs.

D’ailleurs tu as pu sortir de ça déjà, ton set aux Nuits Sonores, c’était à moitié live, à moitié DJ set, bien hybride dans la technique ?

Tu vois le live, jamais avant je ne me serais posé la question de faire un live solo. Et typiquement aux Nuits Sonores il y avait ce truc où c’était bidouillé en 2 jours, j’ai su qu’Abdullah avait le covid 2 jours avant la date. Je me suis dit qu’il fallait tester quelque chose. Ça, typiquement, je ne l’aurais pas fait avant, je me serais beaucoup plus pris la tête en mode qu’il ne fallait pas que je montre ma musique, qu’il fallait attendre. Tout est encore incertain, on ne sait pas combien de temps ça va tenir, on ne sait pas si dans un mois on va être obligé de refermer les clubs. Il y a l’idée de vraiment lâcher prise avec tout ça et de se laisser porter.  Là il y a l’opportunité, j’avais deux jours pour faire un truc. Donc ouai c’est moins de prise au sérieux par rapport à la musique, et se dire que tant que j’aurais la chance et l’occasion de pouvoir la faire, autant en profiter pour tester et continuer à s’amuser. Je l’avais perdu ce truc là, il y a une espèce de liberté d’esprit, c’est tellement devenu bizarre que… tu calcules moins, tu es là et t’acceptes beaucoup plus la situation. Ok Abdullah il a le covid, c’était notre date la plus importante cet été mais c’est pas grave, on va faire autre chose. Et au final le résultat il était chanmé parce que j’ai trop kiffé faire ce petit live, j’étais trop dégouté de pas jouer avec Abdullah mais j’ai trop kiffé faire ce set. Ça m’a donné des idées pour faire du live, c’était un espèce d’heureux accident.

Temet, ça te permet de sortir des programmes de sortie un peu établis ?

Ouai, je sors de ce que moi je projetais en fait, de ce que j’imaginais. C’est là où il se passe des trucs à chaque fois. Avec le label je suis plus indépendant, si je veux sortir un truc je le fais un peu comme je veux.

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