Évidemment, on a adoré « Rooftop » de SCH !
Illustration : Charlie de la Forêt

Évidemment, on a adoré « Rooftop » de SCH !

Vendredi dernier, SCH sortait « Rooftop », un album de dix-sept tracks qui confirme un peu plus la place du S dans le jeu du rap français.

Rooftop - Un album entre deux

On est le 7 novembre, la toile s’affole devant le dernier clip de Julien Schwarzer aka SCH. Fraîchement teasé, « R.A.C. » sort,  et le single est détonnant. SCH nous fait visiter un bâtiment pas comme les autres.  En quelques minutes, on monte jusqu’au toit où se trouve un décor inattendu. Proche du vide, le S pratique le tir sur assiette en détente. 

Le ton est donné : « Rooftop » sortira le 29 novembre. Alors, le tome deux de « JVLIVS » attendra ! 
En effet, depuis la sortie de son album « JVLIVS » en 2018, SCH annonce la préparation d’une suite. Qu’attendre donc, de « Rooftop », un projet qui dès la cover s’annonce plus urbain que son prédécesseur ? 

Après, « R.A.C. », le plus simple est de croire que SCH va nous balancer un concentré de de bangers et de morceaux brutaux à souhait, qui n’auraient peut-être pas leur place dans un projet comme JVLIVS. D’autant plus que « Haut Standing », l’un des morceaux de l’été, n’est présent que sur la version physique du projet.
Cependant, le second extrait, « ça ira », vient troubler  l’idée que l’on pouvait se faire de l’album à venir.

Une entrée en matière musclée

L’album s’ouvre avec « Cervelle », un banger digne d’A7 duquel on pourrait sortir des lines à la pelle. Si Tony [Touny] avait tenu la sacoche, ici Zé Pequeno aurait guetté en Stunt. 
Avec ce genre d’auto-référence, le S fait ressortir son ADN, celui proche des bétonneurs, celui qu’on a envie d’arrêter pour lui dire « Wolah t’es un bon ». 

La rage de rapper et la fureur de vivre ressortent comme jamais. « J’crois qu’il y a quelqu’un dans mon ventre qui en veut à la terre entière ». Ponctué d’interjections aussi vulgaires que sauvages, le morceau laisse imaginer une session d’enregistrement enflammée et renforce un peu plus le personnage. 

"Interlude" un grand moment de rap

A vrai dire, je ne sais même pas si je suis censé appelé le morceau “Interlude” ou tout simplement, écrire l’interlude.
Par définition, un interlude est censé être une coupure voire une respiration. Quoi qu’il en soit, c’est bien souvent bref, et ça n’excède que rarement les 1:30’. Ici c’est tout l’inverse : le morceau fait 4:32’, il dispose même d’une intro. On retrouve Schwarzer avec son flow le plus courant, et quelques effets de voix comme le “Wolah t’es bon” du paragraphe précédent où la question rhétorique, “il est loin l’hôtel de police”. L’efficacité est redoutable.

En plus des punchlines nombreuses, difficile de compter les images dans un tel morceau. Quand SCH parle d’une “pièce où ça sent la javel” ou d’un “ptit 2000 qui t’élimine”, le message est clair : on entendrait presque la rue parler.

Visiblement, les amateurs de rap sont restés unanimes devant ce morceau. SCH, s’est amusé à demander à ses fans quel était leur morceau préféré, “Interlude” a été souvent cité.
Le track a aussi fait l’image d’un meme sur la communauté (très active) de la page “Alliance meme rap cefran” : merci Samuel d’avoir exprimé si clairement notre ressenti.

La mélancolie, encore et toujours

Comme le laissait présager “ça ira” avant la sortie de l’album, SCH n’a pas fait le choix d’un projet composé uniquement de Bangers. Il est allé explorer des ambiances très différentes, en témoigne “Tant pis”, “Paye” ou encore “Solitude” en featuring avec Rim’K.
Dans un album comme Rooftop, le S nous montre tout ce dont il est capable. Certains diront que c’est son meilleur opus. Sans aller jusqu’à penser que le projet peut détrôner A7, on pourrait parler d’un Best Of de styles.

Une fois encore, SCH nous parle d’Otto. Tandis qu’il demande ce que serait le paradis sans lui dans “All Eyez on me”, c’est dans “Ciment” qu’il déterre les souvenirs et place l’une des phrases les plus marquantes de l’album selon moi.

“Quand papa est mort j’étais à Sky, 
un an après j’suis en réa entouré des machines qui l’ont tenue en vie
J’en ai chié mon coeur sur ma vie,
laisse moi serrer maman dans mes bras”

Une fois de plus, la réalisation de l’album est un chef d’oeuvre

Il y a pas si longtemps, SCH fêtait les un an de “JVLIVS”, il en profitait pour féliciter Guilty sur Twitter. D’après lui c’était son album le mieux réalisé.
En allant chercher le doubleur français d’Al Pacino, le “clan SCH” est allé plus loin que jamais sur le projet précédent.

Cette fois-ci, la réalisation est une fois de plus impeccable. Chaque ambiance a sa place, tout est parfaitement maîtrisé. Le tag “Katrina Squad” devient un incontournable et tous les backs apportent leur pierre à l’édifice. Les prods sont riches de détails, quel bonheur ! On retrouve un mix et un mastering génial. Il aura fallu attendre le dernier paragraphe pour voir les superlatifs pleuvoir mais cette réal’ est encore rare en France, 13 Block nous a bluffés de ce côté-là cette année, le S les a au moins égalés. 

La gestion des featurings est aussi à soulever puisque presque un morceau sur trois est en partagé avec une grande tête du rap Français. Pour autant, ces titres ne sont pas les locomotives du projet. Le premier que l’on découvre est avec Ninho, d’après moi c’est une parfaite réponse à “Prêt à partir”, leur première collaboration.
Tous les autres sont constructifs et viennent servir le propos de l’album sans en ternir la saveur.

“JVLIVS Tome II” sera sans aucun doute l’un des projets les plus attendus de 2020, mais n’allons pas trop vite, une belle série de clips s’annonce.

Nous n’avons pas fini d’entendre parler du N[o]uméro 19.

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