« Go To School », l’album concept des Lemon Twigs

« Go To School », l’album concept des Lemon Twigs

Les Lemon Twigs, le duo des frères Brian et Michael D’Addario from Long Island est entré dans le rock’n’roll ring l’an dernier et a clairement mis au tapis toute forme de concurrence.

Do Hollywood, c’est le débarquement de deux types à peine pubères avec sous le bras une compilation de chef d’œuvres pop rétros comme on en avait pas vu depuis un sacré bail. Le tout supervisé par Jonathan Rado de Foxygen et défendu lors de concerts à faire pâlir les plus fins techniciens de studios.

Do Hollywood a été acclamé, public et critiques unanimes.

Un des sons du premier album, le très groove, très beau These Words.

La grande loi du premier album c’est qu’il faut faire mieux dans le second. Ou au moins explorer un terrain qui fera encore tripper les oreilles mondiales qui ont savouré le disque aîné, l’« authentique » album. Aux abords de cette loi universelle, les Lemon Twigs ont joué avec le feu.

Go To School est un projet extrêmement ambitieux. C’est un concept album, pensé comme une comédie musicale. Ça raconte l’histoire de Shane, un jeune singe qui découvre l’école et plus globalement monde humain.

Le terrain musical exploré dans l’album est en germes dans le premier opus. La pop british, la composition classique, la puissance légendaire des 60’s. Mais là où, selon moi, Rado est intervenu pour faire sonner Do Hollywood comme un classique hybride – composé rétro, produit moderne – personne d’autre que l’entreprise D’Addario et Consorts n’a modelé le son du nouvel album.
En effet, chaque piste est enregistrée à la maison, Mom and Dad sont de la partie, Todd Rundgren et Jody Stephens (Big Star) invités d’honneurs car pères spirituels des jeunes Twigs.

Il en sort un son très brut, extrêmement naturel, très peu filtré. Comme si les instruments vibraient directement dans nos oreilles. Ce qui peut déranger. Surtout quand la tendance veut un minimum d’instruments, une composition efficace et un son rond et léché, sensualisé par les moyens digitaux.

Ici, c’est un foisonnement organique : les cordes vocales, Telecasters et violons se chevauchent sur des mélodies surprenantes. La composition est débordante, parce que géniale et en cela déroutante : on entend rarement ce genre de choses. Le glam rock, genre pré-historique, est ressuscité aux côtés de ballades-concertos à faire pâlir les vieillards symphoniques.

C’est un bordel génial : tout est parfaitement assemblé, de façon unique et on s’y perd facilement. Mais en faisant l’effort de s’immerger dans le musical Go To School, on perçoit le tour de force qu’il représente.

Pour un premier extrait, The Fire :

Sans me lancer dans un détail de chaque chanson de l’album (qui serait probablement très chiant à lire) je vous gratte quelques mots sur les pistes qui selon moi méritent largement paragraphe.

Never in My Arms, Always in My Heart me rappelle une chanson des Strokes au départ, puis quelque chose de plus vaste. Les cœurs, la voix sonnent très Stones par exemple. C’est une des chansons les plus « simples » de l’album. Sur Rock Dreams la rythmique épique, les guitares gavées de distorsion qui jouent des solos à la Brian May x Mick Ronson et la voix pincée de la mère D’Addario sont dans un fantasme glam total. The Fire est dans cette vibe aussi avec toutefois un son plus américain.

Ce qui n’a rien à voir avec The Lesson, Lonely ou Born Wrong/Heart Song qui reposent sur une orchestration classique et des mélodies beatlesiennes. Small Victories est intéressante.
Elle part de l’écoute de Gilbert O’Sullivan et termine dans les grooves de Gainsbourg (selon l’interview à NME, ci-dessous).

C’est une chanson sur l’incompréhension de Shane face à ses camarades et à la négativité qu’ils transpirent à ce moment-là.

Le bijou de l’album reste pour moi le premier single révélé : If You Give Enough. C’est une merveille. Rien à dire de plus.

If You Give Enough :

À la première écoute de cet album, j’ai pensé écrire un article assassin. Ça sonnait vraiment pas comme le premier. Puis je m’y suis remis, j’ai réécouté, comme on réécoute les albums mythes incompris des années 70 pour essayer d’en trouver la logique.

Et justement, ça sonne pas comme le premier. Et c’est un album fantastique. Il est puissant. Complètement hors de son temps, totalement génial, énorme source d’inspiration – un futur album oublié qui éclatera dans les oreilles des chineurs des 2060’s.

Album complet disponible ici

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