« Je fais partie de ceux qui pensent qu’il y a de la place pour tout le monde » Jazzy Bazz en interview

« Je fais partie de ceux qui pensent qu’il y a de la place pour tout le monde » Jazzy Bazz en interview

Jazzy Bazz est un artiste dont nous vous avons parlé à de multiples reprises. Nous avons eu l’occasion de le rencontrer lors de son concert à Marseille

L'interview

La Stud : « Jazzy Bazz, L’entourage, Grande ville, Cool Connexion » Toujours la même manière de se présenter ?

Jazzy Bazz : Haha ouais, ça dépend du contexte, mais faut citer son crew ! Ses crews en l’occurrence, il faut toujours représenter.

 

L.S : Est-ce que tu écoutes toujours autant de Jazz qu’à l’époque où tu citais John Coltrane en Rap Contenders ou lorsque tu commençais un projet avec un sample de Georges Michael ?

J.B : Ho ça reste des petites références. Vous savez moi j’écoute de tout ! Je pourrais être client de votre magazine sans problème. J’écoute vraiment de tout, le genre que j’ai le plus rincé c’est le hip-hop évidemment mais je me nourris de tout : Rock, Jazz, Soul ou musique classique : Plein de genres !

 

L.S : Dans « P-Town » il y a une interlude parlée plutôt marquante. Un peu comme dans « To pimp a butterfly » de K.Lamar. D’où te vient ce type d’inspirations ?

J.B : Figures toi que j’aurais aimé en faire plus ! Celle qu’on retrouve sur le syndrome c’est plus un couplet à capella même. J’avais eu l’idée en tout cas de faire plus d’interludes, d’approcher le côté parlé. Mais j’ai préféré poursuivre dans cette idée que les morceaux s’enchainent. Sur « Le syndrome » j’ai fait ça car il fallait cette pause dans l’album.

L.S : On a remarqué que dans « Le Roseau » tu samples Ip man et The grandmaster. Tu es fan de cinéma asiatique ou tu reconnais dans le personnage de Ip man ?

J.B : Pour le coup, dans l’album de balance pas mal de références cinématographiques. Je ne suis pas spécialement fan de cinéma asiatique, ce n’est pas mon cheval de bataille, mais je trouvais que cela correspondait bien avec le son.

L.S : En fait, tu commences déjà à répondre à la question d’après. On voulait savoir si tu avais un attrait particulier pour le cinéma et un réalisateur préféré ?

J.B : Ah oui tout à fait ! Je suis un adepte de Stanley Kubrik. C’est le maitre, le patron !

L.S : Excellent, tu vas faire des heureux dans le crew. Ici, on se souvient tous de la phase : « Mon album sort à l’automne » qu’est-ce qu’il s’est passé. Tu as jeté des albums comme Nekfeu ?

J.B : [Rires] Non, ça a prît plus de temps que prévu par rapport à mon anticipation qui était « Bah ça va sortir en automne ». En fait le temps passe super vite. Entre le l’automne et l’hiver tu as que quelques mois. Donc voilà j’ai préféré sortir ça quand c’était vraiment bon, plutôt que de me précipiter pour respecter ce que j’avais dit. Cela me saoulait un peu de pas le respecter mais c’était moins grave.

L.S : Dans le morceau « Ultra Parisien » tu racontes comment l’arrivée de l’argent qui a perdu un peu l’âme du parc des princes. Vu le succès du rap en 2015, tu penses qu’il peu un peu se passer la même
chose dans le jeu ?

J.B : Hum… Déjà, c’est pas l’arrivée de l’argent à Paris qui a causé le problème je pense. Quand il y a eu Canal Plus, ils ont beaucoup changé le club, ils voulaient des stars. Donc quand le Qatar est arrivé, la politique de faire du PSG un club avec de grandes stars était déjà là. On s’est même fait virer à un moment où les investisseurs avaient besoin d’argent : c’était avant les Qataris c’était avec Colonie Capitale. Pour vendre le club ils étaient obligé de « purifier les tribunes ». Dans le rap aussi. C’est la musique qui vend le plus en France depuis très longtemps. Il y a eu des pics et des descentes mais je ne pense pas que ce soit l’argent qui pose problème. C’est plutôt ce que les gens veulent comme musique et les médias qui les servent. C’est l’Offre et la Demande, je pars du principe que c’est au public de demander quelque chose de plus « qualitatif » si en ce moment on considère que ça l’est moins. Cela reste les goûts et les couleurs. A mon avis c’est moins qualitatif qu’à une certaine époque mais les gens continueront à offrir ce que l’on demande. Les gens ont de le pouvoir.
Après ta question c’est un peu sur ce qui pourrait se passer. Je pense qu’il y a beaucoup moins d’argent dans le rap qu’avant. Les disques se vendent plus comme à l’époque. Un mec comme moi à cette période devait se mettre bien bien !

L.S : Dans ton album tu parles de salaire de joueurs de CFA 2 quoi (ndlr : 4e division de football)

J.B : [Rires] Oui voilà on s’est compris !

L.S : On se demandait aussi, quel message tu veux faire passer avec ta pochette d’album. Si il y a un message précis.


J.B : Y a pas de message précis, mais je trouve qu’elle correspond bien à l’album. On peut imaginer plein de choses. Plutôt que de mettre directement une ville car l’Album est très contextualisé dans la ville on a préféré la suggérer. Le rouge et le noir sont assez représentatif d’une ambiance un peu urbaine je trouve.

 

L.S : Le titre « Trompes de Fallope » nous a bien amusé, on y entend un peu le Doc. Tu l’as confirmé pour OKLM.com, tu tenais à faire cet hommage où c’est une inspiration spontanée ?

J.B : C’est pas un hommage. Je ne pense pas être au point de rendre un réel hommage mais Doc Gynéco est une réelle influence. Quand j’ai reçu cette instru je savais que j’allais faire quelque chose un peu chanté de A à Z dessus. Quand après l’instru était resté dans les tiroirs, je l’ai ressorti et j’ai décidé d’écrire sur le thème de l’adultère. C’est une fois les deux cumulés que je me suis dit : « un truc à la Doc Gynéco » cela peut être grave marrant, pour le sujet des meufs en version chantonnée c’est lui le boss en France.

 

L.S : D’ailleurs est-ce que c’est un peu une « version 2 » du titre « seul » qu’on retrouve sur ton premier EP. C’est une forme d’évolution, une manière de changer les rôles ?

J.B : J’y ai pensé ouais ! C’est un peu la même histoire mais à l’inverse. Je me suis fait la remarque, mais après. C’est un peu un hasard finalement. Ouais je trouvais ça marrant.

 

L.S : Dans le sample du Roseau tu dis que les anciens doivent laisser la place aux plus jeunes. Tu trouves que le relais s’est bien opéré en France ?

J.B : Malheureusement j’ai déjà donné pas mal d’interview donc je risque de me répéter. Pour le coup je ne le pense pas vraiment. Y a pas de « devoir », je fais partie de ceux qui pensent qu’il y a de la place pour tout le monde qu’il suffit de faire son truc pour se créer la place. On ne doit rien aux anciens alors que certains pensent qu’on leur doit tout. De la même manière je pense qu’ils ne nous doivent rien. Ils n’ont pas de relais à passer. On se doit juste du respect mutuel.
On est en train de faire du rap comme on l’aime, aussi parce qu’on les a écoutés : on est pas fou non plus, on ne se ment pas à nous même. On sait qui on a écouté et qui nous a influencé.

L.S : Mais derrière, toi tu es un artiste pas mal cité et évoqué aussi dans les morceaux. Par exemple Ormaz qui dit « 64 mesures de Spleen pour me divertir ». C’est un accomplissement ça ?

J.B : Tout ça, ça fait extrêmement plaisir. Déjà lorsqu’un son qu’on fait est apprécié et quand d’autres rappeurs le citent ça fait chaud au coeur. On se rend compte qu’on est plus à l’époque de rapper dans sa chambre. En plus 64 mesures de spleen est sorti à une époque où je n’étais même pas connu. Après Ormaz et tout le Panama c’est la famille quoi.

 

L.S : Ben justement, on leur avait posé un peu la question inverse sur le pourquoi du sample. S’il y avait un peu deux générations qui les avaient marqué. Eux ils justifiaient ça par l’hommage et la dédicace quoi.

J.B : Je ne considère même pas que ce soit une génération en-dessous de moi en fait. Ils sont vraiment à peine plus jeunes. Ceux que je considérerai comme une nouvelle génération ce seront des mecs qui arriveront dans cinq ans je pense. Lorsqu’il y aura vraiment un &écart là ce sera une autre génération. Comme je te disais eux c’est des collègues on passe v’la les soirées ensemble. L’âge, l’endroit d’où tu viens et tout on s’en fout quoi.

 

L.S : Lorsqu’on avait rencontré Eff Gee et Esso pour la première fois,

(L’ouïe surdéveloppée d’Esso lui a permis de couper cette phrase en entrant à l’improviste à ce moment dans la salle)

-Marty : T’arrive toujours au bon moment toi !

-Esso : Yesss !

 

Bref, quand on les a rencontrés, Eff nous disait que le rap était un milieu où il y avait beaucoup de requins, beaucoup de faux-culs et de gens vicieux. Il y a des choses qui vous ont vraiment freiné dans votre évolution ?

J.B : Franchement, ceux qui ont essayé n’ont pas réussi. C’est à toi de savoir discerner les pièges. En effet, dans le rap dès que tu vas commencer à avoir un petit peu de succès tu vas rencontrer des gens qui ne veulent pas forcément ton bien alors que t’en as l’impression. Sans t’en rendre compte tu vas devoir prendre des décisions super importantes pour ta vie plus que ta carrière. Moi j’ai décidé de toujours voulu rester avec les mêmes personnes, celles d’avant donc j’ai esquivé le problème comme ça. Je ne me suis jamais soucié de tout cela puisque je suis resté entouré des mêmes personnes.

 

L.S : D’ailleurs, le son avec Esso nous a bien fait marrer ! Vous passez souvent des soirées comme celle que vous raconté ?

[Rires général]

Loubenski : Quoi comme soirée ?


J.B : Ah merde il a pas écouté…

Esso : Il joue juste les rythmes lui en fait…
En vrai la soirée c’est surtout une caricature

J.B : Ah oui c’est une caricature mais ce que j’aime bien dans cette chanson c’est qu’on parle de comment t’arrive à ne plus de souvenir de ta soirée. Bizarrement, le personnage de la chanson, en l’occurrence moi, décrit tout mais le matin de ne souvient pas. C’est ce moment que l’on aimerait retrouver au matin. Le vrai même thème de la chanson c’est ça.

 

L.S : Ce qui nous a frappé aussi dans l’album c’est que tu passes de sons sur le thème de la fête et de la joie comme celui-là ou Lay Back par exemple à des choses bien plus sombres comme dans Amen. C’est un effet recherché?

J.B : En fait, j’aime bien tout type de musique donc ça se voit. Je ne vais faire un projet avec des sons uniquement comme Amen parce que je pense que tu te tires une balle à la fin. Je ne vais pas parler que de la fête, on est pas dans le monde des bisounours. Quand tu fais la tracklist tu recherches le réel. Donc ici, cela reflète les différents moments de la vie. Il y a le divertissement comme l’introspection.

 

L.S : Aussi, il y a de plus en plus de rappeurs à Paris, Londres ou Brooklyn. Tu imagines la capitale du rap de demain ?

J.B : En vrai, je trouve que c’est ultra décentralisé en ce moment. Paris je pense que c’est une belle capitale du rap français. Rien que Paris intramuros c’est très très dynamique. Les succès des collectifs : Sexion d’Assaut on l’Entourage le montre. En plus, il y a une infinité de mecs qui bossent leurs trucs dans leur coin. Tous les jours quelqu’un sort un son, un clip ou un projet. Avec tout ce qu’il
y a, on peut se sentir de plusieurs scènes sans même en faire partie. Cela va avec internet et la mondialisation finalement, tout le monde fait de tout, tout le temps.

Les 10 questions de La Stud

L.S : Un artiste référence

J.B :Rakim

 

L.S : La collaboration la plus improbable

J.B : Michael Jackson

 

L.S : Un Film

J.B : Il était une fois en Amérique

 

L.S : Un super-héros

J.B : Batman

 

L.S : Un album

J.B : Lifestyle of xxxx and dangerous de Big L

 

L.S : Une bière

J.B regardant la table : Je vais dire Heineken !

 

L.S : La femme de tes rêves

J.B : Eva Mendes

 

L.S : Le spot de tes rêves pour Chiller

J.B : Le sommet de l’Everest un truc du genre

 

L.S : Un chauve qui t’a marqué

J.B : Christophe Jallet

 

L.S : Une blague

J.B : Tu sais que Jean Marie Lepen a du sang arabe ? Sur les mains !

 

L.S : La question bonus, tu joues « ultra parisien » ce soir ?

J.B : Surprise !
(Il l’a fait)

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