Kompromat à l’Aéronef : comme un goût de Berlin à Lille

Kompromat à l’Aéronef : comme un goût de Berlin à Lille

Kompromat, la rencontre des grands esprits

Le jeudi 5 décembre, Lille nous ouvrait les portes d’une salle mythique : l’Aéronef. Et pas pour n’importe quelle occasion, mais pour la première date lilloise de Kompromat. Les Flandres ont vibré lors d’une prestation qui n’a pas manqué de caractère, bien au contraire.

Kompromat est le nouveau groupe créé par l’emblématique DJ français Vitalic et Rebeka Warrior, l’immanquable chanteuse de Sexy Sushi. Le duo est en tournée pour leur premier album sorti au printemps dernier, Traum und Existenz (« Rêve et existence »). Ce projet, entre post-punk et EBM (Electronic Body Music), vient puiser dans les sources de la techno berlinoise pour créer une ambiance sombre, percutante et lyrique. 

L'Aéronef, un lieu adapté et pensé pour la fête stricto sensu

Dans un froid glacial, nous étions sous l’Aéronef peu après 20h. Sous, parce que cette salle de concert inaugurée en 1986 et parrainée par le grand Alain Bashung se trouve à l’étage d’Euralille, centre commercial dessiné par Jean Nouvel. Gérée par l’association Loi 1901 « Les spectacles sans gravité – L’Aéronef », elle offre une programmation diversifiée mais exigeante : en 2019, Philippe Katerine, Kery James et Erik Truffaz, entre autres, s’y sont produits.

Fidèles à la devise de l’établissement, on a gravi les escaliers métalliques extérieurs pour se hisser contre la pesanteur.  Quelques palpations et un contrôle de billets plus tard, on est arrivé dans la cour ouverte de l’établissement, dont seuls profitaient quelques nicotinomanes bravant le froid. 

On pénètre finalement dans une salle des plus simples, sans sièges et avec des balcons modernes. Un endroit à taille humaine : des conditions réunies pour un concert réussi. 

La soirée avait déjà commencé : le groupe Weval en était au milieu de son concert, et on a rapidement regretté d’arriver à la moitié de leur prestation. Ce duo néerlandais signé chez Kompakt, maison de disques créée par Michael Mayer, a déroulé aux côtés de trois autres musiciens (un batteur, un guitariste et un clavier) une musique électronique très douce, aux influences jazz et trip-hop. Idéal en première partie, pour une ouverture de chakras à coups de montées lentes et pleines de musicalité, mises en valeur par le merveilleux travail du régisseur lumière de l’Aéronef.

Kompromat : un live puissant, qui va crescendo

L’attente entre les deux concerts a semblé longue pour ce public impatient. Les lumières se sont éteintes à 21h30, pour que les deux artistes se mettent en place discrètement dans un décor sombre et épuré. Au fond, des lettres en néon formaient le nom du groupe dans une calligraphie cyrillique. De fins lasers latéraux entouraient la scène de mystère, créant un voile brumeux entre le public et les artistes. Les deux vedettes étaient dans une disposition simple : à gauche s’érigeait le micro de Rebeka Warrior ; à droite étaient posés sur une table les multiples synthétiseurs et boîtes à rythmes de Vitalic.

Le concert était prévu comme une montée en puissance des plus efficaces. Un habile enchaînement entre des morceaux techno plutôt mentaux, des compositions plus calmes pour laisser le protagonisme à la voix envoûtante de Rebeka Warrior, puis une EBM des plus solides. Pour notre plaisir, la chanteuse de Sexy Sushi a fait preuve d’une présence scénique impressionnante, se mouvant avec souplesse à travers les lumières, qui oscillaient entre un vert pour des morceaux calmes qui mettaient à l’honneur sa voix et un rouge plus sombre pour accompagner les ambiances plus berlinoises. En arrière-plan, les lettres s’illuminaient à la guise de leur régisseur qui modulait cette ambiance crescendo.

Les Lillois, dans leur générosité habituelle, ont été des plus réceptifs : les pogos spontanés se formaient dans une bonne humeur contagieuse. Les kicks lourds de Vitalic se sont enracinés dans un système-son réglé à merveille, d’où ce plaisir supplémentaire : une atmosphère de club dans une qualité propre à une salle de concert. C’est peut-être ce format concert qui nous a laissé sur notre faim : en s’arrêtant sur un morceau si excitant que Auf immer und ewig, dont la puissance prenait tout son sens sur de tels caissons de basses, nul doute que le public a été coupé dans son engouement.

Kompromat, on en veut encore !

C’est donc frustré qu’on a quitté ce concert, regrettant que la soirée ne se prolonge pas plus. Mais bon, c’était jeudi ; alors en remontant bien haut nos manteaux pour ne pas prendre froid après cette grosse suée, on s’est dit qu’il fallait être raisonnable. Et pour y remédier, on peut toujours visionner leur concert à la Cigale diffusé sur Arte !

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