Les Albums Rap de la Rédac’ #4 – Janvier 2020
Crédit : Faustine Pauvarel

Les Albums Rap de la Rédac’ #4 – Janvier 2020

Dans cet article, les différents membres de la rédaction sont ici pour discuter du ou des albums de rap qu’ils ont le plus écouté au cours du mois. L’occasion de découvrir des projets ou de s’y replonger.

Le Zin

Népal - Adios Bahamas

On pourrait entendre par “album posthume”, un projet bâclé, pas en accord avec l’éthique de l’artiste, voir même,mal ré-interprété par les proches voulant en tirer profit. Ce n’est pas du tout le cas d’Adios Bahamas : On a affaire à un projet maîtrisé de bout en bout, parfaitement en harmonie avec la vision artistique de Népal.

L’album se détache du reste de la discographie du rappeur de la 75e Session. Effectivement, dès la première écoute (je parle d’une vraie première écoute sérieuse pas d’un Loïc s’agitant sur son siège de bureau) : une atmosphère très aérienne et lumineuse se fait ressentir. Connu plutôt pour broyer du noir dans ses textes : ”Dériver sur l’globe, voile pliée, il reste quoi à part l’billet ?Grandmaster Splinter a choisi une couleur bien plus claire pour son album posthume, un magnifique adieu à tous ceux qui l’ont soutenu, qui ont creusé les bas-fonds de Genius pour comprendre ses rimes en javanais.

Plus proche d’un album concept (voir l’introduction Opening, ainsi que l’ambiance globale qui se dégage). Népal a cette facilité à parler de sujets complexes de manière simple, en tout cas à première vue, tout en délivrant un message universel. Il a toujours eu l’envie de se barrer de la capitale, et on le ressent encore plus sur ce projet, rien que dans le titre de son album, mais aussi dans pleins de phases : “Les saisons passent mais moi, j’aimerais être ailleurs”, “C’est sûrement facile de parler, là-bas j’finirai par y aller”, “Toxique comme l’air qu’on respire, m’en veux pas si j’prends mes distances

En featuring, on retrouve toute la famille de KLM : Nekfeu, Doum’s, 3010, ou encore Sheldon. Aucune nouveauté à ce niveau là mais ça serait mal connaître Népal de s’attendre à un projet sans sa mif de Beriz : “Représente toujours le 7-5
Les morceaux s’enchaînent parfaitement, le tracklisting est millimétré : Ennemis pt. 2 est un très bon son, mais j’aurai aimé entendre Di-Meh kicker salement, car l’instru s’y prêtait.
En milieu d’album, sur Trajectoire, on retrouve l’influence majeur de Nepal : Oxmo Puccino (voir Oxmose : clins d’oeil dans le titre, dans certaines phases, voir Fugu : Face b reprise). Ce track fait office de climax de l’album, c’est le morceau le plus fort en terme d’émotions/de profondeur. Il se distingue du reste de l’album de part son caractère très introspectif et noir, accentué par une boucle de piano mélancolique.
Crossfader nous rappelle des airs de Suga Suga (son le plus connu, pour son sample catchy emprunté à Baby Bash). L’album se referme avec Daruma, avec un refrain contenant du chopped and screwed (voir Les Incontournables du Zin #3)  qui est une des marques de fabrique de l’artiste.

 

Moins référencé que ses projets précédents (on pourrait même le qualifier d’épuré), Adios Bahamas nous laisse sur un album léger, aérien et rassurant, comme un ange qui veillera sur nos âmes : “j’pense plus souvent à toi Malik al-Mawt, mais l’jour où tu viendras m’chercher j’t’aurai p’t-être attendu”… 

Toujours aussi triste d’entendre parler d’un artiste dans les médias de masse, de s’y intéresser seulement après sa mort. Mais de toute façon, c’était très loin du code de conduite/de la vision artistique de Nepal de se mettre en lumière, il a toujours voulu rester discret, même en concert, masqué ou grimé : 

”J‘vis mon rêve en silence et j’me prépare pour l’hiver” qui prend tragiquement tout son sens maintenant.

Coups de coeur de l’album : Vibe, Lemonade, Sans voir & Sundance

Marty

Maes - Les Derniers Salopards

Pour commencer 2020, nous avions proposé un récap de 2019.
Discrètement, j’ai calé deux petits mots sur le rappeur sevranais Maes. A mon grand regret, celui-ci n’a pas sorti d’album en 2019. Difficile alors d’en parler avec précision dans un article comme ça.
Heureusement, Maes a décidé d’entamer 2020 comme il se doit : un album dès le mois de Janvier ! Pas n’importe quel album soit dit en pensant car Maes propose “Les derniers salopards”, une expression qui le suit depuis plusieurs années maintenant. 

L’année débute alors à Sevran où l’on a déjà passé pas mal de temps l’an passé. Maes, comme pas mal d’autres sevrannais se déclare “Anti-vyce”. Autrement dit, contre ceux qui viennent par intérêt : loin de la Fame, plus proche de la rue.
La mentalité “Anti-vyce” correspond plutôt bien au personnage. Très discret, souvent souriant, et toujours planqué derrière de grands verres de lunettes.

Celui qui ouvre la question sur l’aspect bénéfique de ses années de placard, n’est pas monté sur ressort dans ses clips, comme dans la vie.
Calme, il parle dans son projet de ce qu’il connaît de façon directe et brutale, sans se freiner à faire glisser les mots les uns derrières les autres. Quoi qu’il en soit, le recul et la froideur de Maes donne à sa musique une saveur particulière. L’un des meilleurs exemples de l’album serait “Chromé”. 

D’ailleurs c’est sur “Chromé que Maes dira “J’fais d’la pure sur du Bersa”, histoire de placer le nom de son pote beatmaker : auteur de cette prod et celle de “Mémoire”. 

En plus de cette collab, Maes ramène de très gros noms sur cet album. A vrai dire, il s’entoure de trois des plus gros vendeurs du rap français : Booba, Ninho et JUL. Des featurings réussis bien que pas toujours dans nos registres de prédilection. 

Au rayon collab’, on regrette seulement de ne pas avoir eu le droit à un banger avec le Duc, on se contentera d’une Madrina 2.0.

“Les derniers salopards” sera pour Maes le deuxième album de la confirmation. En 2018 il confirmait son talent avec “Pure”. En 2020 il confirme sa place au sein des cadors du Rap FR. 

Ce statut, il le tient de ses nombreux feats faits en 2019. Il prouve son mérite aujourd’hui avec la qualité de son projet et son disque d’or acquis en seulement deux semaines. 

Mac

Shay - Antidote

Ah Bruxelles… cette ville qui apporte tant au rap. Et ce n’est pas la rappeuse dont je vais vous parler aujourd’hui qui va me contredire. Shay, Shay Izi, ou encore Jolie Garce, ces surnoms ne suffisent pas pour éprouver mon admiration (oui oui) envers la rappeuse belge. 

Je découvre Shay lorsqu’elle signe chez le 92i, en feat avec Booba (RIP au meilleur instagram de France et de Navarre) sur Cruella, le coup de coeur ne se fait pas de suite, il m’aura fallu (en plus de la puberté) attendre Jolie Garce, le premier album de Shay, pour apprécier la rappeuse à sa juste valeur. 

Poussée à continuer la musique par son frère Le Motif (qui par ailleurs, produit beaucoup de ses sons), elle nous livre en 2019, après une “longue” absence : Antidote. Annoncé après la sortie de “Jolie” et “Notif”, le deuxième album de la bruxelloise arrive à point (ou saignant pour ceux qui préfèrent), pour l’été, en Mai. 

Abordant plusieurs thèmes ; de la moula au michto, en passant par la villa pour la daronne, tout en restant très féministe ; l’album, composé de 13 titres (+ “Cocorico” en bonus) est une réussite. Si ce n’est pas déjà fait, streamez-le le plus vite possible, et tombez sous le charme de Shay (qui a déjà brisé tant de coeur, hein Crépépé?).
Mention spéciale pour “BXL”, que j’écouterai la prochaine fois que je prendrais le Thalys rejoindre cette ville si spéciale.

Crépépé

OBOY - ΩMEGA

Pour ma part ce mois-ci, ça a été beaucoup de Népal et de Maes. Leurs projets, différents, ont tourné à bloc et je les ai beaucoup apprécié. Le Zin et Marty en ont déjà assez parlé et je ne compte pas être redondant. Pour mon album du mois, je me tourne en direction d’OBOY. Le rappeur parisien de 23 ans compte déjà 3 projets à son actif Olyside sorti en 2016 et Southside sorti en 2017. Enfin il a sorti le 12 juillet 2019 son premier album ΩMEGA.
Je m’étais mangé une énorme claque avec Southside. Le projet était super quali’, grosse attitude, ambiances cohérentes, de l’under’ au final assez accessible. Le flow d’OBOY et son univers lyrique collent à merveille aux sons. Bref un projet que j’ai saigné. Pourtant à la sortie d’ΩMEGA, je n’avais pas ressenti la même chose. Peut-être le fan un peu déstabilisé par la nouveauté ? 

Puis j’ai vu qu’OBOY passait à l’Affranchi le 7 février à venir, l’occasion pour moi de ré-écouter son album. Et quelle baffe les amis ! Quelle baffe !
Dès l’intro Alpha, OBOY pose les bases :
« Donc j’brûle le cannabis, j’vide le Hennessy
Tu veux qu’j’t’accorde plus de time, ouais (et non)
Avec des collègues de ma ville, fonce-dé dans l’Audi
Me cherche pas quand j’pète ma ‘teille, ouais (et non) »
Ça représente tout ce que j’aime chez OBOY, flow nonchalant, ambiance entre le refrain et la prod très raccord. L’album regorge de morceaux oufs dont l’étonnante connexion avec Aya Nakamura Je M’en Tape , le mélancolique Avec Toi ou le « brésilien » R10 qui m’évoque énormément la période afro-brésilienne de Sadek.

Enfin, grosse mention spéciale à Massa et Rien à fêter qui continuent de m’enjailler au fil des écoutes (coucou Mac).
« Là, j’suis pété, rien à fêter mais je fête » une recette qui marche peut importe la prod’.
2 sons, 2 ambiances totalement différentes mais avec les mêmes lyrics ! Voilà la preuve du talent incroyable d’OBOY, Massa plus Dark et Rien à fêter plus Club. Dans les 2 cas, je me régale.

Ce genre d’initiative change, ça marche, on ne s’ennuie pas et ça tourne depuis un mois dans mes écouteurs en attendant le 7 février.

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