Les Albums Rap de la Rédac’ #7 – Mai 2019
Crédit : Faustine Pauvarel

Les Albums Rap de la Rédac’ #7 – Mai 2019

Dans cet article, les différents membres de la rédaction sont ici pour discuter du ou des albums de rap qu’ils ont le plus écouté au cours du mois. L’occasion de découvrir des projets ou de s’y replonger.

(Pour en découvrir d’avantage cliquez sur les mots surlignés et en gras, ils vous redirigeront vers des liens)

Le Zin

Ali - Que la paix soit sur vous

Rien ne m’a transcendé dans les sorties du mois, je suis donc revenu sur un album qui m’avait marqué en 2015 : Que la paix soit sur vous d’Ali.

Le mois de mai était synonyme de Ramadan, quoi de mieux que ce disque donc pour cette période ?
Une pochette d’une simple et unique teinte : le vert, présent sur le t-shirt jusqu’au décor de la Place de la mode et du design à Paris, est symbole de l’islam au Moyen-Orient. Elle symbolise aussi le besoin d’équilibre, ce même équilibre que trouvent près de 2 milliards de personnes dans le monde soutenues par les 5 piliers (ils vont donc rester stable toi même tu sais)  

Dans une interview pour l’abcdr en 2006, Ali avoua : “La religion, c’est elle qui a pris le pas, désormais. Qui sait si sans la religion aujourd’hui je ne serai pas à fond dans le hip-hop, dans le sens pas de limites… Mais peut-être que dans ce cas je vivrais également n’importe comment. Je serais peut-être en train de tiser, avec des meufs de tous les côtés…” Effectivement, il n’en est rien. Son amour pour les femmes, il ne l’offre qu’à une et une seule, et il n’adule qu’une seule divinité : son créateur.

L’Homme est, ou du moins essaie d’être, en constante remise en question de soi-même pour devenir meilleur chaque jour. D’ailleurs, Ali rappe : “long est le chemin de la perfection”. Il ne prétend pas avoir atteint cette perfection, mais pense être sur la bonne voie, aidé par sa foi : “J’ai trouvé ma voie : doux et puissant”.

Pour parler un peu de musique quand même, on peut retrouver sur cet album des featuring avec des grands noms du rap français comme Exs (du duo Nysay avec Salif). Il n’est pas étonnant de voir une prod de DJ Junkaz Lou sachant que ce dernier a produit un son pour le Boulogne Boy. On entend également Hifi et Le Rat Luciano. Côté production, les scratch de Crown sont millimétrés (de Grim Reaperz) sur le morceau Dialogue. Mais aussi des beats de DJ Stresh, ayant collaboré avec A2H, Youssoupha ou encore Greg Frite. 

La pochette, comme on l’a dit plus haut, est très lumineuse. Elle détend dès la première fois qu’on y pose les yeux : “L’amour est comme une lumière”, une lumière douce et accueillante. Au point de même rentrer dans une sorte de méditation : on lance le disque, et le premier morceau apparaît comme une porte d’entrée vers cette tranquillité. Les sonorités sont calmes et les mots du rappeur bienveillants : “Ressens le message là où l’amour est comme une lumière, attirant les âmes apaisées, angélique atmosphère”. Des éléments plus synthétiques sonnent, comme un autre pas en avant vers l’avenir pour Ali, d’habitude plus à l’aise sur des productions très organiques.

Le troisième album d’Ali clôture ce tryptique de sa discographie pouvant prendre la forme de son cheminement personnelle, après Chaos et Harmonie (2005) et Le rassemblement (2010), Que la paix soit sur vous est d’une cohésion sans failles : les titres se complètent et se répondent les uns aux autres comme un Dialogue.

L’ex-moitié de Lunatic y pratique son Art noble sans la carrure d’Arnold. Comme Akh le dit : “Je me bats pas pour la Porsche mais pour un meilleur monde avec mes petits bras”. Pour faire un second parallèle avec le titre Art, Monsieur Frangione rappe cette phase dans Noble Art (issu de l’album Revoir un printemps d’IAM) : “Siège dans mes dits d’artiste, sans comédie ni médire”. Ali aussi a cette philosophie, celle de rapper des mots justes, sans heurter les âmes pures : “Quand les mots blessent, l’homme perd de sa noblesse”. Sûrement l’une des raisons pour lesquelles il a peut être voulu ne plus être affilié à Booba, ce dernier détonnait avec son verbe violent et malsain. Cette contradiction faisait aussi toute la singularité du groupe et leur ambivalence devenue classique du rap français.

L’album montre, malgré toute sa clarté, quelques touches plus sombres (dans les morceaux Dialogue, Survivant, Réflexion…), comme une sorte de mise en garde contres de vieux démons : “Satan est l’ennemi de l’humanité, il veut qu’en chacun de nous l’obscurité se propage”.

On ressort littéralement apaisé de la première écoute. C’est la première fois qu’un album me faisait ressentir cela. C’est aussi pour cette raison que j’ai voulu parler de ce projet : singulier, sage et positif. Trois adjectifs que l’on ne retrouve plus vraiment en 2020.

Le bien aura le mot de la fin, sa mélodie la suprématie

Crépépé

BU$HI - Bushi / Bushi 1.5

Ce mois-ci, j’ai énormément écouté BU$HI. J’avais adoré la Saturn Tape Vol.1, on vous en avait parlé ici et c’était même à mes yeux le projet le plus sous-côté de l’année 2019.

En solo cette fois, BU$HI a sorti la tape éponyme le 28 mars dernier et Bushi 1.5 le 21 mai. J’écoute en boucle les 2 projets depuis le début du mois.

En terme de technique, BU$HI est au sommet de son art. Il rappe sur tout type d’instru et développe des ambiances complètement dingues. Il est tout à fait capable de sortir des sons relativement accessible comme avec le banger Obito. Puis de dériver sur des instrus bien plus inhabituelles de ce qu’on peut écouter, en témoigne Obito PT. 2.
Chaque morceau se démarque des autres grâce à la variété des instrus et de la polyvalence de BU$HI sur chaque son.

On retrouve de nombreux featuring dans les 2 projets. L’excellent Beach House avec Azur. Melbourne avec YUZMV. 2 tracks avec Mussy, qu’on connaît notamment pour le morceau Sick, Dragon et Saturn City.

En plus de développer, un univers extrêmement propre et cohérent musicalement, BU$HI instaure de plus en plus ses thématiques de prédilections.

En dehors de sa passion pour la monnaie, on ressent clairement ses inspirations américaines.

« Elle demande si j’viens ici comme Pi’erre Bourne » dans Melbourne, en référence au tag du célèbre producteur et rappeur qu’on retrouve notamment dans le hit Magnolia de Playboi Carti.

« J’les aime blanches genre Iggy, noires genre Nicki » en référence à Iggy Azalea et Nicki Minaj bien connues pour la taille de leur discographie, évidemment.

« T’as pété les plombs comme Kanye » dans Mes streams, morceau peut-être le plus introspectif.

« J’ai perdu Killian sur l’chemin, j’ai trouvé Bushi
Bushi m’a dit : y a que l’biff et la mif que tu dois chouchouter »

Naviguant entre groupies, envie de réussir, drogues et amour de la musique, j’espère que BU$HI continuera de sortir des projets à la hauteur de son talent, que sa voix continue de tourner dans mes écouteurs.

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