Les Albums Rap de la Rédac’ #6 – Avril 2019
Crédit : Faustine Pauvarel

Les Albums Rap de la Rédac’ #6 – Avril 2019

Dans cet article, les différents membres de la rédaction sont ici pour discuter du ou des albums de rap qu’ils ont le plus écouté au cours du mois. L’occasion de découvrir des projets ou de s’y replonger.

(Pour en découvrir d’avantage cliquez sur les mots surlignés et en gras, ils vous redirigeront vers des liens)

Le Zin

L’uZine - Jusqu’à la vie

J’ai longtemps hésité à écrire sur cette album, ou alors sur celui de Westside Gunn – Pray For Paris. Il s’avère que mon côté franchouillard m’a ramené au nouveau projet des narvalow du 93 100.

La crème de l’underground vient de Montreuil, et ils en ont fait du chemin depuis le Café La Pêche, la scène mythique de la ville. En guise de premier album, ils sortent en 2011 un projet gratuit, La goutte d’encre. Après leur 1er double album À la Chaîne (2014), puis Made in Z en 2015, et tout un tas de projets solo de chaque membre du groupe, c’est en ce mois d’avril 2020 que la bombe Jusqu’à la vie est arrivée.

Tous les produits qui sortent de l’Uzine sont estampillés “9.3”,”New-York” (à quelques exceptions près : des sons trap de Tony Toxik par exemple ou bien tout un projet entièrement G-funk de Cenza). Souvent comparés au Wu-Tang, de part l’énergie violente et leur grain palpable de musique, leur style est pourtant bien propre à eux, et à leur ville. De part leur vocabulaire souvent influencé par le gitan, l’anglais, leurs références pointues issues de la culture hip hop…

Les 4 rappeurs du groupe apportent tous une valeur ajoutée : Tonio le Vakeso, un savant mélange de L.I.M et Rohff pour sa gouache, Cenza pour son flow à la Méthod Man, Souffrance pour son écriture rustre à premier abord mais pourtant aiguisée, et Tony Toxik étant l’homme à tout faire de la bande (ingé son, beatmaker, rappeur, manager du groupe). De plus, leurs 2 dj : G High DJo et DJ Soul Intellect viennent agrémenter leur rap de gros scratches comme à l’époque.

La marque de fabrique de cette uZine c’est une couleur très sombre, un ton froid, et bien loin des tendances du milieu :

On fait pas de chorégraphie on est pas dans la mouvance

Cet album ne déroge pas à la règle : les flows sont percutants, pas dans l’air du temps, les instrus bien crasseuses mais classieuses, du bruit travaillé mais brutal. Un véritable chassé dans la porte de ses majors tellement loin de l’univers du groupe montreuillois.

Mon morceau préféré de ce “Jusqu’à la vie”, est Où sont mes kaÏras qui me rappelle Mec de tess, un morceau présent sur l’album “88“ de Tony Toxik.

Le projet est excellent, au point que L’uZine reçoit des commandes de l’album des 4 coins du monde : Japon, Usa, Russie, Hollande, Chili, Espagne, Argentine, Belgique, Suisse…

Pour les avoir vu en concert au Petit Bain en avril 2019, à l’occasion de la sortie de l’album solo de Cenza – Tout droit sorti de Montreuil, j’ai pu vivre ce moment de pur hip hop à base de pogo agressifs et de battes de baseball qui volent. Je vous invite donc fortement à aller prêter une oreille et à casser vos nuques et briser vos chevilles à leurs concerts crapuleux.

Marty

Freeman - L'palais de justice

Confinement faisant, j’ai décidé me replonger dans quelques classiques du Rap Français. Ces temps-ci, ce sont d’ailleurs les seuls albums que je fais encore tourner dans mon téléphone comme s’il s’agissait de 45 tours : sans faire attention ou presque aux noms des tracks qui défilent. 

J’ai eu l’occasion de réécouter entre autres “Ma 6-T va crack-er” et “Ainsi soit Ill”. Ma partie de l’article a d’ailleurs faillit porter sur l’album d’Ill “Ainsi soit Ill” où selon moi le rappeur des X-Men est à son meilleur niveau après “Jeunes, coupables et libres” qui reste inégalable. On retrouve d’ailleurs sur ce projet des freestyles anthologiques, “Les bidons veulent le guidon” et “Maintenant ou jamais” en featuring avec la Fonky Family.

Cependant, je me suis concentré, sur un classique de ma ville. Un album qui rassemble des émotions sauvages, qui sent la rue et le vécu. “L’palais de Justice” signé Freeman est à l’honneur aujourd’hui. 

Freeman, ancien membre du groupe IAM a intégré la formation d’abord en tant que danseur. La légende raconte qu’il aurait joué des coudes pour prendre le micro à la veille de “L’école du Micro d’argent”, ce qui lui vaudra de participer à des morceaux historiques. Au fil des années, Freeman assoit son statut de rappeur au sein du groupe et prend une place de plus en plus importante au sein de celui-ci. Il participe notamment à 15 des 18 tracks de l’album “Revoir un Printemps”. Il quitte le groupe en 2008, date à partir de laquelle il enrichit grandement sa carrière solo. 

Freeman, le roi : en mission”, une phase qui en dit long sur l’état d’esprit de Freeman en 1999 au moment de sortir “L’palais de justice”, son premier album solo dans lequel K-Rhyme le Roi est présent sur la quasi totalité des morceaux. D’ailleurs qui dit classique dit souvent featuring. Cet album en est la preuve puisqu’on retrouve une sélection d’artistes très dense. Akhenaton, Shurik’n, Oxmo Puccino, Cheb Khaled, Pit Baccardi, Faf Larage ou encore Sista Micky viennent prêter leur voix.

Ce que je vis va servir, ce que je vis fallait l’écrire. Faut zoner pour comprendre mes dires. Langue de rue.

Voilà ce que j’aime dans ce disque : Freeman n’est jamais dans la triche. Parfois de façon mélancolique, le marseillais s’attaque à ce qu’il voit, ce qui le touche. Les morceaux sont marqués par les inégalités de l’époque, l’insatiable rancœur de Freeman dépeint une dure réalité. Celle de beaucoup de jeunes du centre ville de la capitale de la culture. Freeman livre son quotidien et ses rêves. L’authenticité est sûrement le maître mot de ce projet. Vingt ans après, le temps vient poser un filtre particulier sur les morceaux sans qu’ils sentent la poussière pour autant. 

Si vous n’avez pas tué cet album, les instrumentales et leurs samples devraient tout de même vous parler. Si ce n’est pas le cas et que même la voix de Cheb Khaled ne parvient pas à vous conquérir, je m’en remets à des phases rendues célèbres avec le temps.

La main sur le mic la tête ailleurs, pas plus bidon qu’ailleurs”.

Crépépé

Zuukou Mayzie - Primera Temporada

J’ai presque l’impression de parler tout le temps de Zuukou Mayzie ici, de Renoi Mi Nippone ou bien de Docteur Lulu, 2 sons qui m’ont beaucoup marqués.

Mais bon Primera Temporada est le projet que j’ai le plus écouté ce mois-ci, et j’aime bien parler de ce que j’aime (logique).

Pour ceux qui ne connaissent pas, Zuukou Mayzie est membre du collectif 667, groupe franco-sénégalais dont les artistes les plus connus sont Freeze Corleone et Osirus Jack.

Primera Temporada est un 13 titres, mixé entièrement par pensé comme une série ou une télénovéla d’après les dires de Zuukou. Première Saison en espagnol est un projet varié dépendant des humeurs et des écoutes du Z. On retrouve 4 featurings : Lou, Osirus Jack, Doums et Freeze Corleone.

« Dommage, j’suis pas hispanique, j’ferais qu’des sons caliente
J’ferais qu’des sons al dente, j’ferais qu’des sons juste pour l’été. »

La première saison de notre télénovela débute sur les chapeaux de roues avec Caliente. Ce morceau est un véritable condensé du talent de Zuukou : du kickage très nonchalant mais très propre, des refrains pop, des lyrics fidèles à son univers à la fois sérieux et décalé.

« Au xan, au lin comme ma carte UGC abonné », Zuukou en énorme fan de cinéma et de séries se dirige « Avec mes 12 négros à bord, en direction des cités d’or. »

Le featuring Pretty Boy avec Lou est très réussi, dans un délire des plus chill.  Pour le moment, nous n’avons que trop peu d’informations sur Lou pour en dire plus. Ce son m’a aussi donné envie d’avoir de nouvelles collabs Zuukou/Lala &ce.

« Phénoménal, brillant, percutant, Zuukou Mayzie dans ta mère, en plus, elle dit qu’j’suis performant (performant)
NRM, LDO, comme UFO cerf-volant, flèche sur l’crâne, master du vent, docteur Mayz’, master du temps »

Malgré son flegme, son calme et sa gentillesse, le Z sait parfaitement comment rentrer sur une prod et mettre tout le monde d’accord en 2 phases. Il nous le prouve avec Vincent, référence à Vincent Vega, figure mythique de Pulp Fiction. A ce morceau, succède Docteur Lulu, dont j’ai déjà suffisamment parlé ici et qui demeure à mes yeux l’un des meilleurs sons du projet.

Si on avait une référence à Pulp Fiction avec Vincent, le track suivant s’appelle Tarantino, produit par Rolla, le  producteur de Mazoo, Lala Ac&, Lyonzon, Saturn Citizen entre autres. Les sonorités de Rolla ajoutées à celles de Zuukou produisent un son très efficace, un des plus « violents » de l’album. 2 samples extraits de Pulp Fiction, un au début du son comprenant des passages de la mythique scène « Big Kahuna Burger « , l’autre à la fin avec la suite de la scène « Say what again ». Au passage, on a affaire à un des moments les plus violents du film, ce qui colle parfaitement avec l’ambiance du morceau du Z :

« Y aura qu’des corps à la fin comme dans les films de Tarantino »

« Ekip, Zuukou les dynamites dans les deux tours »

S’en suit, Cybertruck, un son bourré de références pop culture comme Zuukou sait si bien les faire et qui réjouit les aficionados de « pop culture name dropping » comme moi.  De « Trunks du futur » à « Dark Maul » et « Legolas » , en passant par « Johnny Mad Dog » et le « Livre d’Eli« .

On arrive alors à un rendez-vous qui pourrait devenir classique chez Zuukou. Et non ce n’est pas encore le feat avec Freeze Corleone mais celui avec Doum’s. On avait en effet eu un featuring (très réussi) il y a 2 ans sur le projet Pilote de Doum’s : Pharaons Noirs. Les deux compères récidivent avec Youssouf & Mamadou. Sur une prod de Schum1 et Risky Business, ils livrent un très beau morceau, qui s’apparente à un trajet aérien Paris-Dakar « Dans l’avion d’Aaliyah » en plus de leurs prénoms et blazes, scandés en guise de refrain, ce qui ajoute une couleur personnelle au son.

« Youssouf, Zuukou, Mamadou, Doums
Youssouf, Zuukou, Mamadou, Doums
Youssouf, Zuukou, Mamadou, Doums »

Tout ceci se termine à l’atterrissage,

« Mesdames et messieurs, Delta a le plaisir de vous souhaiter la bienvenue à Dakar. L’heure locale est onze heures vingt « 

Après ce voyage dans les cieux, le Z enchaîne sur Cerf Volant, un son très planant et chill qui succède à merveille ce gros featuring.

Avec Paki Stock, on a un autre de mes coups de cœur de cette compil coup de cœur. Une prod de Risky Business efficace, du kickage, un refrain ULTRA efficace.

« Encore
Ne demande pas qui stocke, ne demande pas qui stocke, le Paki stock
Ne demande pas si j’lean encore, tu rhétoriques fort, encore
Jdid Osirus Jackie, roule des battes de Paki comme Maki
Zuukou Mayzie préside soon comme Maky, dans mon menu, j’veux tchakiri bassi
Encore »

Que ce soit en terme de placements, de flow ou de phrasé, on a affaire à un refrain limite hypnotique, très bien exécuté.

Au début de cette première saison, avec Caliente, le Z nous parlait de sa « grosse veste Patta« , il en a fait un son Veste Patta. 1 minute 45, un unique couplet qui découpe, beau petit moment du projet.

Zuukou continue avec Drive. Je pense que vous aurez la ref si vous êtes arrivés jusqu’ici. Le son dispose d’un clip tout droit inspiré de Drive. 

« I’m the Witcher, ça fait dix fois j’té-ma Harry Potter » le Z fait du Z et ça marche donc pourquoi s’en priver.

On y arrive. Qui-Gon Jinn, la frappe du projet, le morceau tant attendu. On peut oser l’analogie Nekfeu/les membres de l’entourage, Freeze Corleone/les membres de 667. 
Attention, les deux univers et tous les artistes de chaque groupe sont très différents. Cependant les featuring de Freeze subliment les sons et les transforment en véritables hits ou bangers au même titre que Nekfeu dans un registre bien entendu très différent !

Ils avaient déjà sorti Yamanote Line sur le précédent projet de Zuukou. On avait eu droit à un « Prof Chen, Zuukoeur Parker
Sur la prod Eddie Brock et Peter Parker« de qualité.

Pour revenir au son, on a a affaire à Freeze qui tease son album « La menace fantôme » depuis quelques temps déjà et les deux lascars ont le culot de sortir Qui-Gon Jinn.

Le clip est une réussite totale de mon point de vue, on y voit Zuukou avec une arbalète, retenez bien ça. Les références à l’univers 667 y sont nombreuses et variées. Un plaisir pour les fans.

Freeze lâche un bon

« Chen Zen, Zuukou
J’suis Ho-Oh, t’es Roucoups
Sous soupe, double coupe,
comme les zinzins dans la soucoupe »

La synergie entre les deux artistes est excellente. Freeze, le hip hop et la technique pure, Zuukou le côté plus pop, le refrain, la fraîcheur et le kickage !  Quand on écoute les feat de Zuukou avec Osirus et Freeze, on dirait qu’il les amène dans son univers, sur des prods où on les voit moins. Ce feat est le morceau fer de lance du projet, une réussite. J’me régale.

La saison 1 se termine par Adouna Ko None, en wolof Ainsi va la vie. Un bon générique de fin de la première saison des aventures musicales de Zuukou Mayzie le bg.

On devrait avoir bientôt affaire à un prochain projet, peut-être Segunda Temporada ?, car il a sorti y a peu Be water ;).

Je vous laisse sur ça, cet amour des samples, du cinéma, du rap et des arbalètes. C’est une tuerie et ça va tourner longtemps dans mes écouteurs.

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