Les gens voulaient que ça se scinde. » Le Fixpen Sill en interview

Les gens voulaient que ça se scinde. » Le Fixpen Sill en interview

Pour commencer cette semaine en beauté, on retrouve une interview qui résume une belle rencontre.
Comme souvent, un vendredi soir était une soirée à ne pas manquer à l’Affranchi. Alors nous y avons rencontré le duo du Fixpen Sill : Vidji Stratega et Kéroué.

On a parlé de leurs projets passés, de leurs goûts et du rap plus généralement.
En bonus, l’interview se termine par une belle blague de Kéroué, c’est à lire de bout en bout.

L'interview

La Stud : Attaquons par le début : la formation de votre duo ! On lit sur le net que cela date de 2009, mais rien de plus. Pouvez-vous nous raconter un petit peu comment vous vous êtes rencontrés, comment vous avez commencé à rapper ensemble ?

Kéroué : Tout a commencé à Rennes, dans l’appart’ étudiant de Vidji. J’étais passé un week-end pour faire un peu la teuf et il s’avère que je suis resté 3-4 jours et qu’on a enregistré deux sons alors qu’il n’en était même pas question à la base.

Le week-end suivant je suis revenu sur Rennes, Vidji avait encore son appartement et on a accéléré la cadence de production. Vidji a commencé à produire des sons plus hip-hop et travailler ses textes. Tout est allé très vite, la rencontre s’est faite en 2009 et le projet a pris la forme “Fixpen Sill” en 2010.

 

La Stud : On vous a vu au sein du 5 Majeur, du Fixpen Singe, tout le monde prend des chemins différents, ces groupes c’est du passé maintenant ?

Vidji : C’étaient des groupes qui avaient vocation à être éphémères, c’était compris dans le contrat dès le début.

Le principe du 5 Majeur était de faire un skeud ensemble. On s’était même dit qu’on n’irait pas plus loin. On s’est retrouvé après et du coup on en a fait un deuxième, mais à la base on ne devait ni continuer, ni tourner, ni même exister en tant que groupe au-delà d’un projet. Les gens attendaient des choses derrières, c’est peut-être que nous n’avons pas bien communiqué à ce sujet.
Le Fixpen Singe de son côté,devait exister le temps d’une tournée. On mettait en avant cet aspect ponctuel en disant : “C’est maintenant et ça n’aura pas lieu plus longtemps”. Aussi, c’est des gens qu’on côtoie fréquemment et avec qui on est en contact tous les jours.

Keroué : On se recroise aussi sur certaines dates, cela nous permet de jouer des morceaux communs. Le dernier concert à Nantes nous a permis de soutenir Heskis qui montait pour la première fois sur scène en solo pour défendre son EP qui va bientôt sortir. Hunam aussi était présent et en deuxième partie il y avait Caballero et Jean Jass, ce qui nous a permis d’être sur les deux shows. Y avait même Lomepal qui était là. Cela a été un grand rendez-vous pour nous, on s’est tous retrouvé et on a partagé une scène plus professionnellement je pense car entre temps nous avons tous sorti des projets de notre côté et pris de l’expérience. On est tous dans une bonne dynamique bien que ce soit de nos côtés, cela nous permet d’avancer et de faire les choses de manière efficace.

La Stud : Votre album fait 15 titres, ce qui est assez long, vous abordez pas mal de thèmes et de sujets différents. Cela vous paraît naturel de varier autant dans vos écrits?

Vidji : C’est marrant comme question car on nous reproche plus souvent de ne parler de rien et de paraphraser. Mais je suis d’accord avec toi en soi. Nos textes viennent naturellement. Sans se faire violence, je disais à Keroué qu’on devait mettre des choses peut-être plus concrètes dans nos textes.

Keroué : En fait, sur l’ensemble du projet on évoque plein de choses, le projet est long, il reprend plein d’idées, de pensées. Il y a aussi des essais de textes et de morceaux qui ont plusieurs années. C’est un mélange de pas mal de techniques, de morceaux actuels comme plus anciens donc ça peut donner ce contraste-là que tu trouves complémentaire mais que certains vont nous reprocher.

 

La Stud : Vous me dites qu’on vous reproche de parler de rien mais il y a une phrase qui m’a particulièrement marqué dans l’album : “Les gens trouvent le temps d’être anti-système entre deux achats”. Tu cales ça après un texte hyper léger, c’est quand même bien engagé.

Keroué : Celui là c’est un morceau que je trouve efficace. A l’origine c’était un morceau un peu de remplissage même si j’aime pas ce mot. Il s’est avéré qu’on a fait ça très vite et pour moi il reste un des titres les plus dénonciateurs et conscient alors que ce n’était pas sa vocation de base. Cela donne l’un des couplets les plus politique de Vidji.

 

La Stud : Encore une fois une petite citation de Vidji : dans “Après moi le déluge” tu dis “J’suis passé par le Plan et la Ciotat”, en tant que Marseillais ça m’a marqué, pourquoi tu dis ça?

Vidji : C’est la première fois qu’on me pose cette question et il était temps ! [rires] Le nombre de message que j’ai reçu de gens de La Ciotat, c’était chaud. J’ai cru que c’était une mégalopole au moment où on a sorti le morceau.

Quand je parle du Plan, j’évoque pas le quartier, j’ai d’ailleurs appris après que c’en était un. En fait, j’ai passé pas mal de vacances entre La Ciotat, Le Castellet et les villes comme Six-Fours un peu avant Toulon, j’y avais pas mal de famille. J’ai mis ça dans le texte car ça me passait par la tête, et les gens ont très vite réagi.

 

La Stud : Au début de l’album, vous parlez du décor qui change autour de vous, on y voit une référence à la réussite que vous connaissez, comment vous vivez cette évolution?

Keroué : On vit une évolution positive, un peu plus lente parfois que celle qu’on pourrait espérer mais on tient le cap. On avance sur plusieurs plans, ça j’en suis content, on a toujours ce problème de la précipitation à gérer. On a cette envie d’enregistrer vite, de trouver les bonnes personnes pour tourner les clips et avancer rapidement. On a foi en nous et dans la manière dont on travaille depuis le début.

Donc vous (notre public), vous allez avoir pas mal de nouvelles choses à vous mettre sous la dent !

 

La stud : On a remarqué chez vous une esthétique très soignée, notamment dans le clip du morceau éponyme de l’album “Edelweiss”, quelle importance a le visuel pour vous?

Vidji : Je pense qu’on est bien fou avec Kéroué au niveau de l’esthétique. On a beau avoir des goûts différents, quand il s’agit de Fixpen on refuse beaucoup de choses jusqu’à tomber sur quelque chose qui nous convient directement tous les deux. C’est un processus qui prend du temps mais fonctionne bien.

Pour ce qui est de cet album, on a fait confiance à notre gars Wally Blue qui était en charge de la pochette comme du livret intérieur… Pas grand chose n’est laissé au hasard, on a pas mal discuté avant de laisser les rennes au graphiste. Ce n’est pas pour rien qu’il n’y a pas nos tronches sur l’album. Je ne dirais pas qu’il y a un message derrière chaque choix. Disons que j’avais envie que ça élève la musique plutôt que de la mettre dans une petite case comme on le voit de plus en plus.

La Stud : Dans ce clip, vous apparaissez loin des créneaux habituels du rappeur “classique”, pas de côté “Thug” prononcé. C’est le cas dans vos sons aussi de manière générale comment vous placez vous par rapport à ça? En retrait ?

Vidji : Ah non, on est thug dans l’esprit !

Kéroué : Je ne pense pas qu’on se refuse quoi que soit. Bien sûr qu’on ne peut pas être 100% thug dans nos clips, mais il y a des morceaux plus incisifs. Edelweiss c’était une esthétique très léchée. Quand on fait un clip sans les moyens d’une grande major c’est parfois un peu la loterie. On a eu un petit coup de chance, les gens nous ont bien découvert sur ce clip là.

On est pas voyous mais rien ne nous empêche de faire des morceaux qui peuvent être énervés pour les gens sans avoir à montrer un calibre. La puissance des mots et l’énervement dont on peut faire preuve sur un couplet ou une prod’ en particulier peuvent bien dépasser toute forme de violence extérieure.

Vidji : Si t’es un vrai thug tu ne montres pas tes armes dans tes clips.

Kéroué : Dans ce qu’on prépare, il y a des morceaux énervés, bien plus incisifs et presque thugs alors qu’on conserve notre vocabulaire et notre style propre. Tout est dans l’attitude

 

La Stud : Dans ce créneau, on assiste à une division un peu du circuit rap en France en ce moment. Il y a ce côté Trap, voyou et un rap qui se veut plus sage. Contrairement à avant où tout le monde était ensemble, il y a des univers parallèles. Vous voyez ça d’un bon oeil ?

Vidji : Je suis d’accord avec toi, il y a pas mal de décalages, mais je pense que le tout est de rester ouvert d’esprit dans la musique. On peut constater avec la trap que cela a touché v’la du monde,il y a des gens qui le font tellement mieux que d’autres donc si t’en bouffes toute la journée c’est normal que tu te mettes à kiffer ça.

Le rap porte encore les stigmates de la période où il a été dénigré en étant résumé à des “Wesh wesh, yo yo” tu vois. On s’est tué à défendre que ça allait plus loin et aujourd’hui ces mêmes mecs dans le rap vont te dire que la trap c’est uniquement des types qui disent “j’cuisine du crack dans ma casserole”.

Kéroué : Ces mêmes personnes viennent dénigrer une partie de leur mouvement.

Vidji : C’est sur ça que je voulais insister. Cela dépend avant tout des gens. Si ça s’est scindé, c’est que les gens voulaient que ça se scinde. Pour moi par exemple ça ne se scinde pas. Il y a des exemples d’instrus trap un peu ralenties sur des tempos plus entre 90 et 100 BPM qui plaisent aux rappeurs qui font du boom bap. Cela donne un résultat assez hybride et très intéressante. Ce serait s’en priver que de faire des catégories.

Kéroué : Cela ouvre un max de possibilités.

Vidji : Les mecs tombent des nues quand ils entendent des textes un peu fort, c’est un peu n’importe quoi.

 

La Stud : Y a encore une hypocrisie assez choquante en France. Nekfeu passe parfaitement pour certaines émissions qui montrent que ce qu’elles veulent : regardez il est bien coiffé, il lit des livres, c’est ça le rap aujourd’hui. On nie des choses, on reste à deux vitesses.

Kéroué : C’est clair, entre ce que pensent les rappeurs de leur mouvement et ce que derrière ces “professionnels” en disent on créé le pire décalage. L’écart se creuse et les deux se rejoindront à mon avis jamais !

 

La Stud : Tu le penses?

Kéroué : Ah oui malheureusement ça fait trop longtemps que ça dure. Il y a des médias spécialisés qui font très bien leur travail mais il y a encore des gens pour leur tirer dans les pattes et c’est vraiment dommage !

Les 10 questions de La Stud avec Fixpen Pill

-Un artiste référence

Kéroué : Jul Saint la Puenta

 

-La collaboration la plus improbable

Vidji : Booba et Christine and the Queen

 

-Un film

Kéroué : Les affranchis

 

-Un super-héro

Vidji : Spiderman

 

-Un album

Kéroué : Pac’s life

 

-Une bière

Vidji : La Punk IPA de chez Brewdog. Petite brasserie écossaise que vous pouvez suivre les yeux fermés.

 

-La femme de tes rêves

Kéroué : Amélie Moresmo

 

-Un spot de rêve

Vidji : Cuba

 

-Un chauve

Kéroué : Lagaffe

 

-Une blague

Kéroué : C’est quoi une pute au régime?

Une grosse pute !

Crédit Photo : Guillaume Kayacan 

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