MGMT – Little Dark Age

MGMT – Little Dark Age

MGMT, les new-yorkais mages de la pop ont lâché hier leur 4ème opus. Entre dépassement de l’âge d’or sombre et hommage à la French Touch, Little Dark Age est un retour tant attendu que réussi.

On avait pas eu beaucoup de nouvelles du duo New-Yorkais depuis MGMT sorti en 2013. Quelques posts sur Insta, quelques retweets hasardeux, mais pas grand chose de neuf à se mettre sous la dent. Des concerts, oui, mais très peu en Europe. Bref, quand des gars comme Connan Mockasin montaient en flèche groovies, quand Tame Impala opérait sa conquête du tympan mondial, les écoutes Spotify des derniers albums du Management chutaient doucement mais sûrement. La nostalgie expérimentale 60’s entretenue dans les deux derniers albums s’est tristement effacée derrière les refrains téléphonés de Lorde et de Taylor Swift. Ajoutons : surfer sur ses anciens hits n’a jamais fait briller un groupe, bien au contraire. La pop évolue rapidement, et ceux qui ne produisent pas s’écrasent. 5 ans après leur dernier projet, il était donc temps pour Andrew VanWyngarden et Ben Goldwasser de se saigner un petit peu, de faire couler du sang neuf dans nos oreilles.

Et concrètement, si cet album est celui de la dernière chance, on peut dire que le virage artistique opéré par le groupe est plus que réussi. Les singles balancés avant l’album ont réanimé les fans léthargiques et interpellé les récalcitrants. « Little Dark Age », premier avant-goût posté fin 2017, est un coup de poing dansant et sombre. L’esthétique gothique du clip et des visuels postés sur les réseaux s’accorde aux paroles et contraste avec l’atmosphère musicale eighties de la chanson. Il est question de la fin d’une époque : « I grieve in stereo / the stereo sounds strange ». Je fais le deuil de la stéréo, j’abandonne ce passé sonore, chante Wyngarden. Plus loin dans la chanson, «All alone, open-eyed /  Burn the page, my little dark age » : c’est une époque musicale qui s’éteint dans la voix et dans le son du groupe. Même « When You Die », qui est sûrement la chanson qui ressemble le plus à ce que les deux indie rockers auraient pu produire auparavant, a quelque chose en plus. Les paroles sont tranchantes (« You die / And words won’t do anything/ It’s permanently night / And I won’t feel anything / We all be laughing with you when you die ») et l’arrangement est génial, dissonant, plus sombre et dérangeant que tout ce que l’on peut trouver sur les records précédents. Si la maturité joue ici son rôle, une production renouvelée soutient ces 10 titres : Dave Fridmann est toujours là mais Patrick Wimberly (de Chairlift) a rejoint les rangs. On note aussi que  Sébastien Tellier pose les chœurs sur cette track et qu’Ariel Pink y joue de la guitare. Du beau monde pour valser avec la mort.

Cette sensualité macabre se marie à merveille à la sonorité « eighties » qui caractérise l’album dans son intégralité. «James» sonne comme une ballade électro légèrement kitsch – et géniale pour cette raison. La voix de Wyngarden est basse, pour une fois, et cette nouveauté fonctionne très bien. « Me and Michael » est la chanson la plus rétro – en ce qu’elle aurait pu être produite dans les 80’s – et à la fois la plus contemporaine : sonner cheesy et romantique est bienvenu en 2018. C’est aussi pour ça que Little Dark Age est un tournant artistique prometteur. Sans être dans la jungle colorée d’Oracular Spectacular, sans se noyer dans l’expérimental brouillon de MGMT, le nouvel opus affirme et pousse la tendance eighties à un paroxysme clair-obscur qui canonise les monstres sacrés de la French Touch et leur offre un rôle de précurseurs. Ce n’est pas un hasard si en juillet MGMT et Justice partageront une scène à Milan. « Days That Got Away », l’instrumental du LP explore des sonorités chillwave sans redondances et annonce le final de l’album. Deux morceaux très calmes dont le très réussi « Hand It Over ». Les sonorités électro-rétro restent présentent dans les synthés de ce morceaux. Mais on se retrouve entre Flaming Lips et Tommy James & the Shondells dans les deux pôles de la ballade psyché – en témoignent la descente d’accords lancinante et les chœurs célestes qui font la force répétitive du morceau.

De légers regrets : si la chanson éponyme traite avec brio de la fin d’une époque et d’un certain malaise technologique, « TSLAMP » aborde le problème sans trop de finesse en répétant mécaniquement « Time spent sitting all alone / Time spend looking at my phone ». Dommage. « She Works Out Too Much » qui ouvre l’album a le mérite d’être drôle, mais n’est pas nécessaire à l’album à mon sens. C’est une chanson qui se cherche dans une pop à la Chairlift sans trouver grand chose finalement.

On a toujours critiqué MGMT, soit pour ses hits planétaires (évidemment trop mainstream), soit pour ses expérimentations cryptiques (forcément trop underground). Je crois que la musique du Management se trouve entre les deux. Les singles qu’ils sortent aujourd’hui n’ont rien de « chansons faciles ». La composition n’a rien d’une redite efficace à intérêt financier. « Little Dark Age » n’a pas ce son de chewing-gum trop mâché par la plupart des artistes des majors. MGMT développe un son à chaque album, tente de nouvelles choses et arrive toujours, selon moi, à quelque chose de bon. Je ne crois pas avoir l’éloge facile quand je dis ça. Leurs chansons font parti des meilleures qui ont été produites ces dix dernières années. Et « Little Dark Age » le confirme amplement.

Fermer le menu