« Il y a des choses plus noise, plus indus ou plus bass, c’est une sorte d’hybridation de styles avec des mariages plus ou moins évidents » – OD Bongo en interview pour le RIAM Festival

« Il y a des choses plus noise, plus indus ou plus bass, c’est une sorte d’hybridation de styles avec des mariages plus ou moins évidents » – OD Bongo en interview pour le RIAM Festival

Pour cette deuxième soirée de l’édition 2019 du RIAM Festival on a fait un détour par L’Embobineuse où l’on a croisé OD Bongo, leur bonne parole et un live chaud, indus, noise et bass.

Le duo bruxello-lyonnais, composé de Somaticae et de C_C, cristallise la rencontre entre les styles bass et techno les plus farouches dans des live électriques, dansants en enchaînant les machines, les rythmes et les textures. Faite pour danser vaillamment, pour écouter sagement ou pour partager intimement,  leur musique résonne et résonne fort. On a rencontré OD Bongo le temps d’une discussion musicale autour de leurs inspirations, leurs techniques et leur vision de la musique électronique.

INTERVIEW

Salut Omar di Bongo, avant de parler de musique, est ce que vous avez une passion particulière pour le Gabon et ses présidents ?

C : Une passion particulière je ne sais pas, une chose est sûre c’est qu’on n’a pas de lien particulier avec le Gabon. D’une manière générale la France-Afrique et ce système post-colonial c’est des trucs qui nous interpellent. C’était un peu une manière d’attirer l’attention là dessus.

S : Pour être honnête c’était aussi un peu un jeu de mot avec le dictateur et le musicien. 

Vous produisez une musique progressive à évolution continue oscillant entre la noise, l’industrial et la techno, est ce qu’on pourrait décrire votre musique en un seul style ou est ce que ces étiquettes vous conviennent ?

C : Alors un seul style c’est compliqué.

S : On fait un truc un peu mutant, qui regroupe les musiques électroniques qu’on aime bien et qu’on a beaucoup écouté. On essaye que ça ne soit pas un truc idiomatique. Il y a des choses plus noise, plus indus ou plus bass, c’est une sorte d’hybridation de styles avec des mariages plus ou moins évidents.

C : En fait tout simplement on retrouve dans notre duo ce qu’on fait dans nos carrières solo. On est inspirés par plein de styles différents, et c’est difficile de classer ça en un seul registre.

Aujourd’hui il a tellement de nouveaux termes à rallonge à base de “garage”, de “wave”, de “post”… sait-on jamais.

C : On est intéressés par les gens qui utilisent des nouveaux termes, mais on n’en a pas trouvé encore.

S : Si, moi j’aime bien dire bass-noise, mais après est-ce que c’est assez parlant ? Je ne sais pas.

live
Photo de Fanny Devaux

Vous êtes basé l’un à Lyon, l’autre à Bruxelles, comment se fait le travail de composition lorsqu’on est chacun dans une ville différente, un pays différent ?

S : J’habite dans une maison à Lyon où j’ai la chance d’avoir pu  installer une petite sono dans ma cave. J’y répète aussi avec mes autres projets (Balladur, Vinci, Somaticae). Comme on joue généralement en France, Edouard n’est parfois pas très loin après un concert et on peut ensuite se retrouver une semaine enfermé pour travailler. Pour pouvoir jouer nos créations en live, on garde toujours à peu près le même dispositif de machines lors de la création de nouveau morceaux. Et au niveau de l’écriture, on s’est fixé des règles qui nous permettent d’écrire des morceaux flexibles. On a écrit des rendez-vous et aussi ce qu’on a le droit de faire ou de ne pas faire à tel ou tel moment.

D’autre part, je vais aussi souvent à Bruxelles où j’ai de nombreux amis. Et la dernière fois que j’y étais on a eu la chance de répéter sur le soundsystem d’Edouard, la dystomobile. Si on a le temps, le dernier morceau qu’on veut jouer ce soir on l’a d’ailleurs créé sur la dystomobile. Il est un peu plus jungle. Même si on n’a pas mis d’amen break dedans évidemment.

Est ce qu’on peut dire que chacun prend le meilleur de son environnement pour faire une sorte de melting pot électronique bruxello-lyonnais ?

S : C’est marrant que tu poses cette question parce que c’était l’idée d’un disque qu’on essaye de sortir.

C : L’idée ce serait de faire un morceau Lyon et un morceau Bruxelles. 

S : Là dans ces deux morceaux un peu longs on voulait en appeler un “Lyon” parce qu’il est un peu downtempo, un peu dub. A Lyon il y a une grosse scène dub, qui a parfois pu faire un peu de mal il faut l’avouer, mais elle était très importante dans les années 2000 avec Jarring Effects.

C : Adolescent, j’en écoutais pas mal, avec High Tone notamment, plus trop aujourd’hui.

S : Et pour ce qui est de Bruxelles, selon moi, c’est une ville où de nombreux projets électroniques sont assez indus, noise et techno avec un son saturé (The Angstromers, Carrageenan, Techno Thriller, Lost Sound Bytes). L’autre face s’appellerait donc Bruxelles, en hommage à ces styles que j’ai eu souvent l’impression de retrouver dans cette ville.

Mais en fait à Lyon, j’ai plein de potes qui font aussi des solos électroniques, que  j’ai pu voir dans des petites salles ou des squats (Raymonde, Kaumwald, Plein Soleil, Jean Bender, Undae Tropic). Et ils m’ont beaucoup inspirés aussi.

C : Oui il y a deux scènes dynamiques dans les deux villes.

S : Et ce qui me semble important, c’est que ces deux scènes qui se rejoignent, ne sont pas uniquement techno. En fait le dénominateur commun c’est ce côté “live drum machines saturés” je pense.

C : Après, personnellement, je suis surtout influencé par la musique électronique anglaise. Londres ou Bristol, c’est des endroits qui m’inspirent de fait.

S : Oui et d’ailleurs quand t’écoutes des musiques électroniques des années 1990 comme on le fait beaucoup, les pays c’est surtout Angleterre, Allemagne, Belgique, Hollande…

Dans le clip de Horus, on a l’impression que vous avez pensé communément la musique et les visuels, tout est en symbiose, est ce que pour vous aujourd’hui la musique électronique est forcément un art multimodale ? Quelle importance accordez vous à cela ?

S : Ce qui est sûr c’est qu’on est dans une telle culture de l’image maintenant que, quand un album sort, tu vois d’abord la pochette du disque sur ton fil d’actualité  avant d’avoir entendu la musique de cet album. On peut donc difficilement se passer de l’image dans les musiques actuelles à mon avis.

C : Hugo Saugier qui a fait la vidéo, nous rejoint parfois pour ajouter des visuels lors de certains lives, et le duo devient un trio. Pourtant pour le moment on fait la musique avant la vidéo.

S : Quand on joue en trio, l’idée est de faire des visuels qui ne sont pas juste sur un écran derrière nous. Nous avons trouvé un procédé marrant avec des miroirs mais comme c’est assez compliqué à mettre en place on ne le fait pas souvent. On va tout de même le refaire le 28 novembre à Paris pour une soirée Quasi Stellar Object. 

C : Oui avec les visuels, l’idée est que ça habille la pièce, que ce ne soit  pas juste sur nous. Car pour nous, souvent les lives dansants avec un visuel sur un écran posent problème. Si les trois quarts de la pièce sont focalisés sur l’écran, ça force le public à ne faire qu’une chose, regarder. Alors que nous, nous préférons jouer dans la fosse pour créer une sorte de cercle. Il nous a ainsi fallu trouver une sorte de compromis. Mais sinon pour mon solo C_C je joue  carrément dans le noir avec un petit strob. Parce que j’ai vraiment envie que les gens se focalisent sur le son, et ça aide beaucoup l’obscurité pour ça.

Est ce que vous percevez quelque chose de visuel quand vous composez, qui vous donne du coup de l’inspiration pour les vidéos ?

C : Non, moi je ne fais pas partie de ces gens qui voient des couleurs. C’est plus lié au touché, au goût. Quand c’est très aigüe ça va être acide, quand t’as beaucoup de texture ça va être croustillant. Ce rapprochement me parle beaucoup plus.

S : Moi j’ai quelque chose avec les couleurs quand même. Mais souvent c’est comme si je voyais une sorte de représentation 3d  de l’onde sonore dans ma tête, et j’imagine la toucher. Parfois c’est un peu lisse et froid, parfois métallique, avec des arêtes piquantes, parfois plus mou et liquides. Je vois aussi parfois des reflets dessus, ça dépent.

En fait dans la musique électronique, le timbre  est plus important que la note je pense, donc ça amène plus à imaginer des choses comme ça, de l’ordre du visuel ou du toucher.

Vous faites partie de la plateforme Shape, pouvez vous nous parler de ce dispositif, en quoi ça vous apporte un plus dans votre carrière artistique ?

S : Bien sûr, on a pu jouer dans des pays où on ne va jamais.

C : Oui et dans des bonnes conditions. On a fait Ljubljana, Prague, Budapest… Des spots dans lesquels on aurait pas joué comme ça je pense, même en France. Nous on évolue beaucoup dans la scène underground et expérimentale française. Avec Shape on avait un cadre un peu plus officiel et ce n’était pas désagréable. Du moment qu’on ne se retrouve pas à ne faire que ce cadre là, ça nous va.

S : Ce qu’on s’est dit aussi en acceptant d’être dans Shape, c’est que c’était cool de pas trop rester dans sa bulle. Car selon moi, on était déjà bien dans notre petite bulle DIY, et là on a joué devant des publics qui nous auraient probablement jamais vus. Ce que j’espère, c’est que les gens qui nous ont vus dans ces plus gros événements, s’ils ont bien aimé, vont retrouver nos noms dans des plus petits lieux dans lesquels on joue la plupart du temps et vont ainsi peut être découvrir ces plus petits lieux. Est ce que c’est utopiste ou prétentieux ? Je ne sais pas mais j’aimerais que plus de gens goûtent au plaisir des petites salles pas chères et sans vigiles !

Qu’est ce qui selon vous a changé dans votre style entre Niobium Beat et le live que vous allez jouer aujourd’hui au RIAM Festival ?

S : En gros dans OD Bongo je suis celui qui fait “poum” et “tchak”. Des sons sec de kick et de snare, à l’opposé d’Edouard qui a des masses rythmiques plus pleines et plus rapides avec des sons saturés, et beaucoup de sub. La grande différence avec le disque et le live de ce soir c’est juste qu’avant les rythmes que je faisais étaient plutôt polyrythmiques tandis que maintenant on a simplifié, c’est plus droit.

C : Les structures assez vagues des morceaux sont beaucoup plus simples dans les lives qu’on fait maintenant. Peut être plus dancefloor. Un peu plus frontal aussi.

Qu’est ce qu’on peut vous souhaiter de beau pour cette fin d’année 2019 ?

S : Que du positif pour la tournée sur le soundsystem d’Edouard. Sur la dystomobile.

C : Ce sera plutôt début 2020, mais il va enfin commencer à tourner, j’espère pour de longues années.

STUD QUESTIONS

Un artiste de référence

S : Moi je suis retombé dans Autechre à fond

C : Muslimgauze, ça reste un musicien que j’écoute et redécouvre encore et encore.

Un album référence

S : Justement, là j’ai réécouté Draft 7.30 de Autechre et il est trop bien cet album en fait, il faut le réécouter. C’est  avant que le duo s’empêtre dans de mauvais disques beaucoup trop longs (malgré le sublime Oversteps en 2010). Le sons, les grooves, les compositions sur Draft 7.30 sont complexes mais restent  toujours intelligibles :impressionnant.

C : Du coup un de Muslimgauze à écouter, Lo-Fi India Abuse.

Un film de référence

S : J’ai revu Barton Fink, j’ai bien kiffé. Le film parle entre autres de la difficulté de l’écriture d’une oeuvre.

C : Tetsuo, film japonais des années 1980, très indus.

Un super héros

S : J’aimais bien Spawn.

C : J’ai jamais été fan, mais je vais dire Gaston Lagaffe.

Une bière

S : L’Orvale

C : La Gueuze, une bière à fermentation spontanée.

Le meilleur club

S : Je ne vais pas en club, je n’aime plus trop ça. Du coup je dirais en salle de concert, la Cave 12 à Genève. Sinon si je devais en citer un de club je dirais le Meta à Marseille, c’était vachement bien

C : C’est vrai que c’est bien le Meta.

Fermer le menu