Preoccupations – Memory

Preoccupations – Memory

Memory de Preoccupations, un concept créatif et libéré en 3 parties

L’ère musicale actuelle est fortement caractérisée par une résolution des artistes de rendre leurs morceaux les plus efficaces et courts possibles, une volonté sûrement marquée par la nécessité d’adapter ses compositions aux formats radio et TV ainsi qu’à une audience issue d’une génération de l’immédiateté et de l’impatience.

Preoccupations a décidé de répondre autrement, avec un penchant pour les initiatives artistiques plus que commerciales, le groupe nous offre un triptyque audacieux de 11 minutes vers lequel nous nous pencherons dans la suite de l’article.

Preoccupations, entre Post-Punk "labyrinthique" et électronique

Preoccupations est un groupe de post-punk canadien, qui s’est formé à Calgary en 2012 sous le nom de Viet Cong. Le groupe se compose de deux anciens membres du groupe rock Women, le chanteur/bassiste Matt Flegel et le batteur Mike Wallace, ainsi que des guitaristes Scott Munro et Daniel Christiansen. Le style musical du groupe a été qualifié de « post-punk labyrinthique ».

Le 21 avril 2016, Flegel annonce dans une interview que le groupe se produira et enregistrera désormais sous le nom de « Preoccupations ».
Quelques mois après, le groupe se dévoile avec un album éponyme osé, aux consonances post-punk électronique, dans lequel figure le morceau « Memory », le fameux triptyque que je veux décrypter pour vous.
Le chanteur, auteur et compositeur Matt Flegel décrit lui-même ce morceau comme le fait de « regarder un proche perdre la tête ».

Une oeuvre majeure de Preoccupations, en 3 volets distincts

Vous me direz sûrement pourquoi un triptyque ? Ce modèle de projet artistique normalement exclusivement destiné aux oeuvres peintes ou sculptées s’adapte tout à fait à ce morceau qu’on peut décrire en trois mouvements. Tout d’abord, cette introduction permet de faire la description d’un être rongé par ses pensées noires et ses questionnements existentiels, dont l’interprète Matt Flegel, un chanteur caractérisé par une voix sombre, est le personnage idéal afin de communiquer une atmosphère mélancolique et anxieuse.
Cette première partie retrace tout à fait le cycle de redondance des pensées finissant par une phrase ayant pour objectif de rassurer le protagoniste « Tu n’as pas besoin de
t’excuser, pour toutes les fois où tout est tombé à l’eau ». 

C’est ensuite que le morceau prend une toute autre proportion : un interlude caractérisé par une accélération du rythme et un changement de tonalité désignent une précipitation des pensées et du suspense, comme si le protagoniste prenait parole par le biais de la voix de Dan Boeckner (issu de Wolf Parade et
Handsome Furs).
C’est un moment fort situé entre espoir et accablement dans lequel on sent la frustration d’un homme qui ne peut plus réfléchir. Ce mouvement se finit par une immolation du protagoniste dans le clip, n’ayant, semble-t-il, plus que comme solution cette alternative qu’on peut qualifier de nihiliste.
C’est enfin, que l’apogée se désigne dans la dernière partie avec un fondu entre ambient et drone, une prise de position ayant pour but de décrire un sentiment surréel de perte total mais aussi de renaissance, ou de réincarnation. En effet, on peut y apercevoir à ce moment, un être calciné, sans émotion humaine, se perdre dans une forêt à l’ambiance chaotique.

Pour ainsi dire, il est clair qu’il existe une vraie prise de position artistique pour ce groupe, un risque pris et très bien assumé par ce clip qui renforce le sens des paroles ainsi que l’atmosphère froide et tellurique qui défile tout le long du morceau.

Je vous invite à vous engager dans ce voyage pessimiste et poétique qui ne vous laissera sûrement pas indemne ...

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