Un été avec Mall Grab

Un été avec Mall Grab

Bernie nous avait prévenu : à Marsatac, « impossible de manquer Mall Grab ». Lui, en tout cas, ne nous a pas loupé. Retour sur l’été de folie d’un australien au sommet de sa forme.

Pour moi, tout a commencé le premier mai dernier, quand mes amis m’ont traîné danser une après-midi en open air au Kompass Club, emblématique club gantois. Quoi de mieux que de célébrer la fête des travailleurs dans un hangar perdu au milieu d’une zone industrielle ?

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Photo : Nachtschaduw

A ce moment, je connaissais Mall Grab très superficiellement, bien qu’il soit la vedette d’une après-midi déjà sold-out une heure après l’ouverture de la billetterie. A mes yeux, l’australien était un DJ et producteur assez connu, auteur de quelques succès house un peu trop mainstream pour mes détestables réflexes de puriste. Si je venais, c’était pour une après-midi ensoleillée entouré d’une équipe de potes au complet, et non pour une programmation musicale alléchante. Il faisait effectivement un temps radieux ce jour-là, propice à découvrir Gand et à cette longue marche qui nous amena aux portes de cette institution belge que nous franchissions presque tous pour la première fois.

Pourtant, lorsqu’à dix-huit heures la régie-son augmenta les décibels des Funktion One pour laisser au DJ australien une piste de danse chauffée à bloc par la house locale et le houblon des Flandres, je ne pus que ravaler mes paroles, découvrant un DJ tout autre que celui imaginé. Une fois la nuit tombée, après une bonne heure et demie à base de cassage de chevilles à base de pur break, on était partis pour un récital parfaitement exécuté d’une techno des plus vivifiantes.

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Photo : Nachtschaduw

Et ce qui fut une surprise en Belgique devint une confirmation à Marsatac. Programmé en closing du Club Phocéen le vendredi soir, l’australien fit fureur auprès des festivaliers qui l’avaient préféré à Charlotte De Witte. Qu’on se détrompe : ce soir-là, la grosse techno, ça se passait au Club Phocéen. Simus, alors présent à mes côtés, n’oubliera pas de sitôt son euphorie lorsqu’Arkhangelsk Nightmare (Clouds) résonna dans les enceintes.

Ces deux claques musicales qui m’ont poussé à me pencher sur la trajectoire du DJ australien, qui a profondément évolué dans son style en l’espace de quelques années. Une évolution dans le live, mais aussi en studio.

La carrière de Mall Grab commence en 2015, avec la sortie sur le label 1080p de l’EP Elegy, qui illustre bien ses premières productions : des kicks puissants, des charlestons très riches et des mélodies envoûtantes qui occupent une place centrale dans ses morceaux. Tout cela dans une ambiance très grasse, avec une touche lo-fi facilement identifiable.

Peu à peu, il grimpe dans des BPM plus corsés, pour produire des morceaux plus festifs, à l’image de son EP Pool Party Music (2017). Entre quelques collaborations avec Damiano Von Erckert et la création de son propre label, Looking for trouble, il signe de véritables succès commerciaux, dont l’EP How the Dog Chill, Vol. 1 (2018). Tout cela sans perdre le sens de la mélodie et sa patte lo-fi, qui donnent à des morceaux comme Liverpool Street In the Rain ou Catching Feelings tout leur charme.

Mais loin de s’arrêter à ces réussites, l’australien poursuit son ascension sur un autre registre, celui d’une rusticité assumée. Son excellente collaboration avec Nite Fleit sur l’EP Moogie, paru en 2019 sur son label Looking For Trouble, marque un tournant techno chez Mall Grab. Tournant qui sera confirmé avec une assiduité impressionnante : en l’espace d’une seule année, deux autres EP ainsi que plusieurs remixs.

Mais si je m’attarde autant sur son évolution musicale, c’est parce que la techno de Mall Grab est loin d’être quelconque. Comme auparavant lorsqu’il produisait de la house, son style repose sur quelques traits saillants qui le rendent identifiable. Désormais, il mise sur un kick brut, souvent exempt de mélodie (Got me fucked up– Mall Grab Remix), des influences breakées de plus en plus appréciées du public (Vortex 135 – Mall Grab Remix), mais surtout sur une technique qui donne à ses productions un coup de fouet irrésistible : l’ajout d’un double kick sur le dernier temps toutes les deux ou trois mesures (Temperature Rising).

Ces caractéristiques, on les retrouve dans ses sets, qui incorporent nombre de ses morceaux. Un parti-pris qui relève sûrement d’une stratégie de communication très réussie : sa magistrale Boiler Room au Glitch Festival, en grande partie composée de productions personnelles inédites, avait suscité l’atermoiement du public.

Ce procédé, il l’a employé tout l’été lors de la période de festivals ainsi que sur sa résidence Rinse FM. On peut retrouver dans sa Boiler quelques morceaux passés lors de son closing du samedi à Dour (un des meilleurs sets du festival, dont la rusticité n’avait sûrement rien à envier aux roulements industriels d’Under Black Helmet, programmé au même moment). Il se consacre désormais à combler l’attente du public, en sortant progressivement les tracks qu’il a jouées tout l’été. En attendant la suite, on peut pour l’instant se délecter du remix breaké du morceau de Special Request, Vortex 135 ainsi que de l’EP Strangers, produit en collaboration avec Skin on Skin, qui l’accompagne depuis sur son Looking For Trouble Tour.

Le 25 octobre, à 3h du matin, c’était ce même Skin on Skin qui lui passait la main pour deux heures de set au Fuse, à Bruxelles. Une grande partie de notre équipe du Kompass et de Dour était réunie à nouveau, afin de renouveler une expérience qui ne nous a toujours pas déçu.

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Skin on Skin passe la main à Mall Grab au Fuse ; Photo : Djesper

Comme à son habitude, Mall Grab a déployé ses kicks rudes et son break déchaîné pour le plus grand plaisir d’un public belge bien serré sur le dancefloor d’un des meilleurs clubs bruxellois (la soirée était encore sold-out). Avec une exécution parfaite, il a enchaîné les bangers : Burning (Soundboy Killah), I’m Gonna Get (Viers), Sharp like a razor (Clouds) ; pour finalement achever son set sur une de ses productions encore unreleased, Ethereal Visions. Un morceau magnifique, un condensé de toute l’émotion que l’on veut ressentir en closing : une mélodie qui reste en tête, une ligne de basse des plus chaudes, un kick solide et quelques montées splendidement épurées.

Ainsi, et en seulement quelques années, Mall Grab a connu une superbe ascension, pour s’imposer comme un des acteurs les plus qualitatifs de la scène techno. Une évolution à saluer, pour un jeune musicien qui a su monter progressivement en BPM et en brutalité, tout en gardant un style inimitable. Rien n’est plus juste que d’affirmer que du Mall Grab, ça se reconnaît.

La boucle est bouclée. C’est sous les premiers rayons de soleil belges que j’ai découvert ses kicks. C’est aussi en Belgique, sous ces mêmes kicks, que j’ai senti le beau temps s’en aller. Je sais que comme moi, beaucoup sont tombés sous le charme de l’australien, qui nous a accompagné tout l’été, de festival en festival, dans les meilleurs clubs et dans nos écouteurs. Espérons qu’il ne nous quitte pas de sitôt.

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