Les Incontournables du Zin #3 (en pass pass avec Smoogey)
Crédit : Charlie Delta / IG : @charliedelaforet

Les Incontournables du Zin #3 (en pass pass avec Smoogey)

Pour cette 3ème édition des Incontournables du Zin, on passe de l’autre côté de l’Atlantique. La plume de Smoogey est sortie du fin fond du Maroc le temps de cette sélection.

On est revenu sur 10 bijoux qu’ont pu nous offrir les cainri entre les early 90’s et les années 2000… Alors on tient à vous prévenir, histoire de ne pas vous choquer/décevoir, pas de Big L, Tupac, ou encore de Cypress Hill au programme, mais on leur passe quand même le bonjour s’ils nous lisent.

(n’hésitez pas à cliquer sur les mots surlignés et en gras, ils vous redirigeront vers des liens permettant d’en savoir encore plus sur l’artiste, le beatmaker, ou encore le son en lui-même)

Outkast - Player's ball (1993)

On pouvait appeler ça un miracle de Noël, aussi magnifiquement anecdotique et étonnant que cela puisse paraître, Player’s ball a été spécialement enregistré pour une compilation des fêtes de fin d’année « A LaFace Family Christmas »

André 3K et Big Boi étaient reticents à l’idée de faire leur rentrée dans le monde du rap de cette manière. Avec l’aide de la team Organized Noize (Dungeon Family), ils se décident enfin à produire ce petit cadeau, nos Père Noël du South.

À l’époque, le son a inondé les stations radio d’Atlanta, et Outkast, pour le plaisir de la planète rap, prirent leurs envols et redorent enfin le blason du rap de la côte sud. Comme l’avait dit André 3K lors de la cérémonie de ‘The Source Awards 1995 :’ « The south have something to say ».

Outkast décide de le ressortir en tant que single pour présenter à la planète leur premier album chef d’œuvre :  Southernplayalisticadillacmuzik .

Ps : Puff Daddy était le Director du clip Player’s ball, et c’est lui qui conseilla à André 3K de se mettre torse nu, ce qui par la suite deviendra sa marque de fabrique

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O.C - Time's Up (1994)

J’entends déjà les « Comment ça pas un son d’Illmatic ? Comment osent-ils ? Il a oublié ?! » C’était juste beaucoup trop évident… Et 25 ans plus tard, Nas en a marre qu’on revienne tout le temps à ce disque là.. Je vais plutôt vous parler de Omar Credle aka O.C, un mec de New York tout comme Nasir Jones, mais moins connu du grand public.

Sur ce single, on a d’entrée de jeu cette fameuse ligne de basse, samplée dans le titre de Les DeMerle – A Day in Life constituant l’identité même du beat (que l’on retrouve aussi dans le son « Jeux de Guerre » par N.A.P).
On peut remercier Monsieur Buckwild pour cette prod d’anthologie (il a usé ces pads de MPC pour d’autres grands noms comme Mic Geronimo, Biggie, Termanology…)

Le membre du légendaire groupe D.I.T.C (Diggin In The Crates) livre un 1er album digne de l’année 1994. Et ce single n’y déroge pas : toute personne normalement constituée a déjà entendu un scratch de ce son, que ce soit dans :

O-Cee y prône l’authenticité, contrairement à d’autres fake ass emcees :

I find it ironic, so I researched and analyzed
Most write about stuff they fantasized

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DJ Screw - My Mind went Blank (1995)

Petit passage à Houston pour vous parler de celui étant à l’origine du chopped and screwed (technique qui consiste à ralentir le BPM à 60/70, de rajouter des scratch, tout en répétant des parties du morceau).

Le titre de ce son (traduit : « Mon esprit est devenu vide »), fait référence à l’effet que procure la fameuse boisson codéinée (purple drank) qui a laissé plus d’un artiste derrière elle :

Le morceau de base : My Mind went Blank, a été produit par Dope-E , puis ralentit par DJ Screw, celui-ci a par la suite hâché certaines parties et scratché les voix de Point Blank, Klondie Kat & Egypt E.

La version chopped and screwed a été reprise en 2014 par $uicideboy$ dans Thieves


Anecdote
: tellement de mecs attendaient au pied de la baraque de DJ Screw pour lui acheter ses cassettes, que les feds ont finis par croire qu’il vendait de la dope !

Exemples dans le rap U.S :

Exemples récents dans la rap Français :

Jay-Z - D'Evils (1996)

Des accords de piano mineurs samplés par DJ Premier dans Go Back Home d’Allen Toussaint pour que le roi de Brooklyn y raconte comment le désir d’argent et de pouvoir corrompt le ghetto, conduisant à la violence et à la trahison :

That’s right, it’s wicked, that’s life, I live it
Ain’t askin’ for forgiveness for my sins

On retrouve ce titre très personnel sur le 1er album studio de Jay-Z : Reasonable Doubt 


Anecdote
: Comme à son habitude, HOV a voulu l’approbation de ses proches concernant le son a enregistré.
Pour ce faire, il a rappé ses rimes acapella au téléphone à Preemo. Ce dernier a par la suite composé l’instru selon le texte et les conseils de Jay-Z : il voulait ces sonorités tristes, grinçantes et sombres, ainsi que des cuts issus de sons de Snoop & Prodigy qui feront office de hook (cela se faisait beaucoup à cette époque, beaucoup moins maintenant, à mon grand regret…)

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Slum Village - The look of love (1997)

Ce que vous entendez au début de la vidéo est pour moi un moment historique… Lors d’un concert de Slum Village où ils jouèrent ce son pour la première fois, ils découvrirent que le public, à cause d’un leak, connaissait le son par cœur.

Et comment ne pas résister à l’appel sexuel des paroles, en plus de l’instru tout aussi érotique de J Dilla, principalement sampler du titre du même nom de Barney Kessel.

Dans l’album Fan-Tas-Tic Vol, J Dilla, dont l’approche énigmatique et inoubliable du sampling et du boom bap opère à un niveau très élevé ici.

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Blackstar - Thieves in the night (1998)

Thieves in the Night est le morceau le plus poétique et réfléchi de l’album avec un refrain inspiré directement du roman The Bluest Eye de Toni Morrison.

« Not strong (Only aggressive)
Not free (We only licensed)
Not compassionate, only polite (Now who the nicest?)
Not good but well behaved
(Chasing after death, so we can call ourselves brave?)
Still living like mental slaves
Hiding like thieves in the night from life
Illusions of oasis making you look twice
Hiding like thieves in the night from life
Illusions of oasis making you look twice« 

Thieves at night est tout ce que tu peux attendre d’un rap conscient. Ces 5 minutes de prêche contre l’oppression des afro américains et aussi une apologie très sombre du courage mental de ces opprimés.

Le duo s’était réuni pendant ces deux dernières années, et le nouvel album est finalement prêt. Il verra normalement le jour en fin d’année, Talib a confirmé que Madlib avait béni l’album en le produisant.

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Prodigy - You can never feel my pain (2000)

N’ayant pas évoqué la mafia profonde, je tenais quand même à rendre hommage à The P.

Albert Johnson a évolué dans un environnement où la violence est à tous les coins de rue, ce qui a donné naissance à Poetical Prophets (plus connu sour leur second nom : Mobb Deep)…

Ayo the hood broke my heart into pieces
Thun the streets took my dreams and shattered them
and turned me into a creature

Havoc & Prodigy ont fait de leur musique un exemple, une influence majeure dans le monde entier, et notamment en France avec Lunatic (écoutez The Infamous puis Mauvais Oeil derrière..vous verrez..).
Leur recette : une boucle de piano de quelques secondes simple (du moins à première vue), un sample des 70’s, et du gritty rap.

You Can Never Feel My Pain est issu de H.N.I.C, 1er album solo de la légende du Q.B.
On retrouve Ric R.U.D.E aux manettes, dont on a peu entendu son blaze, alors que pourtant, le mec a produit pour Busta Rhymes, Kurupt, ou encore les Destiny’s Child..

King Pee nous fais part d’une profonde réflexion sur sa lutte contre la Drépanocytose, maladie infantile qui l’emportera 17 ans plus tard.
Il a malgré tout laissé un héritage incroyable dans le milieu du rap…


Rest in beats King P.

Mes sons préférés où Prodigy apparaît :

Immortal Technique - Dance with the Devil (2001)

Comme dans un bouquin bien écrit, on plonge facilement dans l’histoire que nous narre le rappeur afro-péruvien. Son écriture parait simple et en même temps très détaillée, ce qui nous permet d’imaginer l’ambiance ainsi que les scènes qu’Immortal Tech nous décrit.

Le piano de Henry Mancini, samplé par 44 Caliber, donne une couleur encore plus sombre et sinistre à ce récit glaçant.

Certains ont Jean de la Fontaine, et d’autres Immortal Technique quand il s’agit d’histoires avec une morale.

He was fascinated by material objects
But he understood money never bought respect

Si vous n’êtes pas bilingue, la traduction est dispo ici.
Et ensuite, seulement ensuite, allez voir l’explication du rappeur sur ce récit.


Mon anicen maître de stage, Oliver Whitehouse (créateur de Sektion Red), a eu la chance de l’interviewer à l’occasion du Hip Hop Kemp (un des plus gros festivals 100% hip hop) en 2018.

Autres exemples de storytelling :

Madvillain - Accordion (2004)

“Living off borrowed time, the clock tick faster”
“That’d be the hour they knock the slick blaster”

C’est pas la manière la plus DOOMy de commencer un son, vous trouvez pas ? Tout ça sur fond d’accordéon, le genre d’instrument qu’on entend que très rarement. Madlib le sampla du titre Experience du loufoque Daedelus, avec qui MF DOOM collabora une année après sur l’album « Exquisite Corpse ». 

Quand les gars de Stones Throw Records décident de faire rencontrer Madlib et DOOM, ils ont sans aucun doute eu la vision du chef d’œuvre qu’allait être Madvillainy.

Madlib connu pour son style épuré mais incroyablement difficile à reproduire, ce DJ/Producteur/MC maître du digging, a fait de l’album un alliage de sample de jazz, soul et autre rareté que seul l’imaginaire de Mad a le secret.

MF DOOM quant à lui est un storyteller, mais pas n’importe lequel : il a le don d’insuffler, avec intellect et intelligence, ses rimes humoristiques, qui laissent à chaque fois les afficionados revenir se plonger dans ses textes et se surprendre du génie que DOOM a formulé.

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Jay Electronica - Exhibit C (2009)

Exhibit-C est sans aucun doute, l’un des meilleures son de toute la décennie 10’s, Ce titre rassemble tout ce qui fait de Jay Electronica l’être adulé qu’il est : une voix mélangeant force et passion, un stroytelling sans forcing qui décrit la réalité, sa réalité.

Aussi, il faut avouer que niveau culture, Jay ne cesse de nous bénir de subtiles petites références un peu partout dans ses textes.
L’autre partie du puzzle est la production, Just Blaze nous sort une instru magistrale à sa sauce drum and gospel, directement sampler du rythme and blues et de Billiy Stewart – Cross my heart.

Nas hit me up on the phone, said what you waitin on?
Tip hit me up with a tweet, said what you waitin on?
Diddy send a text every hour on the dot sayin
When you gon drop that verse nigga you taking long

Personnellement je trouve ça triste, que l’on n’ait jamais eu l’occasion de faire une review d’un album de Jay Electronica, le buzz autour de ce rappeur est immense, sa discographie pas autant.
Son talent est indéniable, mais à force d’attendre qu’il accouche de son premier album, les gens arrêteront de le suivre et, in fine se rappelleront de lui comme du rappeur aux gênes prometteurs mais stériles.

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